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01 Fly Away Girl
02 Lily
03 Gotta Remember You're Not Mine
04 Nature
05 Lord Have Mercy/Transition (Interlude)
06 Silly Girl
07 Beautiful Music
08 Afromantic
09 I'll Be
10 Remember (feat. Saddi Khali)
11 Transition
12 Smirk
13 Smile
14 Think Again
15 Heaven
16 Remember Me (Bonus Track)
Date :
décembre 2008
Infos : Disponible sur CD Baby et iTunes.
En ce début d’année très pauvre en bonnes sorties, il est bon de se tourner vers ce qui se fait du côté de la scène Soul indie. Après tout, l’underground, on le sait, regorge d’un vivier de talents non négligeable, qui n’ont pas forcément à rougir face à leurs homologues signés en majors, loin s'en faut. Attention, par underground, ici, il ne faut pas entendre les artistes prisés à l’unanimité par les connaisseurs mais plutôt ceux que l’on rencontre par un heureux hasard via un détour par le site CD Baby, par exemple. La chanteuse -mais aussi mannequin et danseuse- Nakia Henry est l’une d’entre eux.
Si son attitude rebelle peut faire légèrement penser à Betty Davis ou Millie Jackson, comme lorsqu’elle pose nue pour exprimer allégoriquement sa liberté, musicalement, on peut lui trouver davantage de similitudes avec les prêtresses Néo-Soul que sont Jill Scott, Sandra Nkaké, Zap Mama ou encore Jaguar Wright. Quand on vient de Detroit, surnommée Hitsville USA pour avoir été le berceau de la Motown, la Soul, ça fait un peu partie de l’ADN de tout un chacun. Sa belle voix grave respire un supplément d’âme certain qui émane d’une profonde sobriété et d’une noble retenue, et peut même s’avérer un brin austère mais elle démontre avant tout une authentique sincérité et un refus de la surenchère.
Pourtant, son chant n’hésite pas à parfois se faire plus entier, dense et détaché, tutoyant des intonations à la Jill Scott sur des morceaux comme Afromantic ou Remember Me, qui conclut l’album en référençant les titres de tous ses morceaux en guise de clin d’œil. L’ensemble du disque, justement, se veut très épuré et quasi-dépouillé, envoûtant voire spirituel. En ce sens, le vaporeux et éthéré Nature, qui combine beats hip-hop appuyés et piano jazzy, ou encore l’enivrant Remember, où elle est rejointe par le poète, rappeur, producteur et… photographe Saddi Khali, rappellent typiquement cette Néo-Soul aux odeurs d’encens que l’on a parfois tendance à caricaturer mais qui se fait pourtant bien rare par les temps qui courent. Ce qui n’empêche pas l’artiste d’affirmer un goût pour un groove plus binaire sur des morceaux un poil plus pêchus comme Lily ou Beautiful Music, où elle montre un côté plus félin de sa personnalité.
Des morceaux très intimistes comme Transition, un piano-voix traversé de quelques envolées de saxo, mettent en valeur son âme de poétesse. On retrouve également de nombreux titres a cappella, qui jouent beaucoup sur les effets de voix et que la chanteuse revendique comme inspirés du negro spiritual que jouaient ses ancêtres esclaves, à l’image de I’ll Be, Heaven ou encore le très blues Smile, que n’aurait pas renié Lizz Wright.
Hélas, l’album ne prend jamais de départ par rapport à ce registre midtempo, et on cherchera en vain le morceau funky ou la ballade mélodieuse imparable, ce qui est un peu le défaut commun à de nombreuses artistes cataloguées Néo-Soul en manque de reconnaissance, tout le monde ne s’appelant pas Erykah Badu ou Jill Scott. Du coup, on a un peu de mal à déceler LA perle dans ce lot de chansons très linéaire et homogène, un rien terne et monotone.
Mais malgré ce manque de relief, il faut garder à l’esprit que ce n’est qu’un premier album et donc cela peut être vu comme encourageant, ne serait-ce que pour ce son sans concession aux exigences de l’industrie musicale, qui impose le respect et rappelle l’audace dont ont fait preuve avant elle les grandes artistes Néo-Soul des 90’s et qui n’a plus tellement d’équivalent aujourd’hui.
Sans mériter les plus hautes marches réservées aux grosses pointures du genre, Nakia Henry vaut sans doute mieux que la totale indifférence dont elle pâtit de par son statut d’artiste indépendante. On peut espérer qu’avec un deuxième album plus solide et diversifié, Nakia arrivera peut-être à connecter –en référence au célèbre slogan publicitaire– autour d’elle tous les amateurs de Soul. En attendant, à écouter tout de même et à surveiller d'assez près.
Par Mathieu Presseq
Publiée le lundi 2 février 2009
Ecouter des extraits de l'album Remember Me
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