Album "Garde la tête haute" (Disques Audiogram). Sortie le 23 août 2005, disponible sous format OpenDisc (accès contenu multimédia inédit : photos, videos, making of, titre bonus)
Un répertoire irisé, célébrant la diversité culturelle
Guitare en bandoulière, gavroche vissée sur la tête, Senaya, la jolie globe trotteuse montréalaise, chante sa vie, ses espoirs, ses illusions perdues, ses désirs, sur de rafraîchissants accents Afro-Soul. « Garde la tête haute », son premier single qui s’est invité depuis quelques semaines sur les ondes québécoises, n’est que l’affirmation du souffle qui anime ce petit bout de femme à l’énergie communicative. C’est sur le prestigieux label Audiogram (où Senaya se retrouve en bonne compagnie auprès d’Ariane Moffat, Pink Martini ou Carla Bruni), qu’elle publiera son premier album à la rentrée.
Tu es d’origine sénégalaise et guadeloupéenne, la logique aurait voulu que tu débutes ta carrière en métropole, qu’est-ce qui t’a amenée au Québec ?
Je suis né au Sénégal à Dakar, mon père est sénégalais et ma mère est d’origine guadeloupéenne. Cela va faire 9 ans et demi que j’habite à Montréal. Je me suis installée ici car je voulais voir autre chose, découvrir une autre mentalité. Je suis venue dans un esprit très aventurier, j’hésitais entre l’Amérique du Nord et l’Australie, j’ai jeté une pièce, c’est tombé sur l’Amérique du Nord, alors j’ai cherché où je pourrais aller. Je souhaitais partir aux Etats Unis, cela n’a pas été possible pour raisons financières, je suis donc allée au Canada. J'hésitais entre Toronto et Montréal, et j’ai choisi Montréal.
Tu as remporté le festival de Granby en 2003. Quel est le principe de cet événement ?
Le festival international de la chanson de Granby, c’est le plus grand festival francophone au Canada. C’est un concours, avec présélections, sélections et ensuite quart de finale, demi finale et finale. Il y a plusieurs catégories, ils en ont ajouté une cette année qui est «collectif », c’est à dire que si tu composes avec un autre auteur-compositeur tu as la possibilité d’être dans cette catégorie. Moi à l’époque de ma participation cela n’existait pas, j’ai donc remporté la catégorie « interprète », par contre, avec mes propres chansons. C’est un concours qui est très connu, Linda Lemay et Isabelle Boulay en sont d'anciennes gagnantes, pour citer quelques artistes que vous connaissez en France. Le gagnant du concours remporte une somme de 9000 dollars, et avec cet argent tu fais ce que tu veux, tu établies également de nombreux contacts, car beaucoup de gens du métier s'y déplacent, c’est ensuite aux artistes de développer ces contacts là. Mais c’est sur que sur un C.V., cela t’ouvre des portes. Cela ne veut pas dire qu’on va te donner le bon dieu sans confession, mais il est certain que les gens prêtent plus l’oreille quand on leur dit qu’on est lauréat de ce concours, mais il faut ensuite faire ses preuves.
En arrivant avec un projet Soul caribéen au Québec, est-il facile de susciter l’intérêt des maisons de disques ?
Je tiens à dire que je n’ai pas eu trop de difficultés, car avec l’argent obtenu suite au festival de Granby, je suis allée directement sur la production de mon album. Je me suis dit, je vais auto-produire mon album, comme une grande fille ! Je suis allée voir un programmeur, qui s’appelle Sonny Black, et je lui ai dit que je voulais l’engager pour monter les pièces. Je suis venue avec un guitariste qui s’appelle Wesley Louissaint, on a joué, on a présenté quelques pièces à Sonny, pour qu’il puisse les enregistrer et commencer à travailler.
En cours de route, après peut être un mois de travail, il m’a dit qu’il souhaitait me présenter un producteur. Même s’il savait que j’étais un peu réticente à rencontrer des gens, il pensait que cette personne serait en mesure de comprendre ma musique et allait vraiment l’aimer, car il trouvait qu'elle avait un certain potentiel. J’ai réfléchi et j’ai finalement rencontré Steven Tracey, le producteur de Corneille. Nous avons signé un contrat. La condition sine qua non c’est qu’étant donné mon statut d’auteur compositeur interprète, j’ai un droit de veto au niveau de ma production artistique etc… C’est très important pour moi, il a respecté mon choix, et il y a quelques mois de ça, nous avons signé avec un gros label, Audiogram, l’un des meilleurs ici au Québec. Ils sont très orientés « auteurs compositeurs interprètes » francophones.
Au niveau des médias, l’accès aux radios commerciales ne semble pas évident, la musique rock et la musique québécoise prédominent. Comment cela s’est-il passé pour toi ?
Tu as tout à fait raison. Cela a été un challenge incroyable, ne serait-ce que parce que le premier single « Garde la tête haute », a un peu le rimshot, je ne dirais pas Zouk - car je connais bien cette musique - mais disons r&b caribéen. Il y avait un problème, quand on l’a présentée la première fois, elle a été refusée. La chanson a été retravaillée, au niveau du texte et des mélodies, mais on nous avait dit non à cause de ça, car la radio est plutôt rock et chanson québécoise, ils ne connaissent pas ce genre de musique. Je pense que pour que cela évolue, c’est une question d’organisation. Qu’il y ait une vraie scène Soul R&B, toute tendance confondue, caribéen etc… Que l’on se rejoigne et fasse quelque chose de sympa ensemble, un peu dans l’esprit des soirées que je vois quand je visite votre site, « Génération Soul » etc… Il faut qu’il y ait des producteurs qui embarquent, qu’on puisse entendre parler de ces artistes là et qu’il y ait des lieux où l’on puisse aller les voir. Cela serait bien, car cela éduquerait les gens. C’est une question d’éducation aussi. Mais je pense que cela viendra, dans combien de temps, je ne sais pas…
Envisages tu, à terme, de promouvoir ton album en France ?
C’est sur que pour quelqu’un comme moi, j’ai tellement voyagé, j’ai côtoyé différentes cultures, et par rapport au type de musique que je fais, le marché est beaucoup plus grand en France. Et puis qui dit France dit aussi l’ouverture vers l’Afrique, les Antilles, et l’Europe. Ca sera la deuxième étape, mais sûrement l’une des plus importantes.
Au niveau de cette scène Soul émergeante au Québec, y a t-il des connexions qui commencent à se créer, des artistes dont tu te sens proche ?
Moi je connais beaucoup plus la scène Soul anglophone que francophone au Canada. Je connais un peu mieux les musiciens. C’est sur qu’il y a des gens avec lesquels j’aimerais collaborer. Il y a un bar ici, le Jello, sur la rue Ontario, et là, c’est un endroit où l’on peut rencontrer des musiciens Soul R&B, mais encore une fois, plus anglophones.
Tu as l’air de suivre l’actualité musicale française par Internet, quels sont tes coups de cœur ?
Moi, j’aime beaucoup Matt. Je me souviens d'un ancien morceau, il y a quelques années, « 12 / 0013 », j’aimais vraiment cette chanson là. C’était un de ses premiers gros succès. Moi j’aimerais bien collaborer avec lui, même si je n’ai pas trop suivi ce qu’il faisait récemment. J’aime bien aussi Kayna Samet.
En France, les jeunes artistes se font surtout connaître par le biais de la scène et du live, est-ce aussi ton cas ?
Oui complètement. Je chante partout, que ce soit dans les maisons de la culture, les festivals, je vais dans l’optique où je ne me mets pas de barrière. Je n’ai pas besoin d’une scène Soul R&B, je fais découvrir ma musique, point. Je présente ça comme de la musique, même si elle est Soul, ça reste de la musique avant tout. Alors je la présente partout où j’obtiens des contrats. J’ai tourné dans tout le Québec avec mes chansons, avant même de faire l’album. Je suis avant tout une chanteuse de scène, avant d’être une chanteuse de studio, c’est par là que j’ai débuté. Le lancement de mon album se fera le 23 août, et ensuite, une petite tournée est prévue. On débutera pas la Province, pour revenir sur Montréal à la rentrée.
Ton premier single s’intitule « Garde la tête haute », quel message veux-tu véhiculer à travers ce morceau ?
"Quelque soit ce qui se passe dans ta vie, l’endroit où tu es, ta culture, d’où tu viens, ton passé, ton avenir ou ton présent, garde toujours la tête haute". La vie est dure, on le sait, on nous a leurré en nous disant qu’elle était facile, donc toutes les épreuves qui nous arrivent on a du mal à les supporter car on se dit que c’est injuste. Je trouvais que c’était un message clair, direct, et que tout le monde pouvait se reconnaître dedans. Pour moi c’est important que pour un premier single, je ne sois pas tout de suite fermée. Il faut que les gens me découvrent, le grand public ne me connaît pas. J’ai donc écrit un morceau accessible, que tout le monde peut chanter, le refrain est très simple, pour que cela puisse se retenir. Le rythme est assez soutenu, mais en même temps, tu peux balancer ta tête dessus, c’est léger, tranquille.
Afin de nous donner un avant goût de ton premier album, peux-tu nous en décrire la couleur musicale ?
Il y a de la Pop, de la Soul, du R&B, un peu de Jazz, un peu de Blues. C’est très varié. On retrouve aussi mes influences caribéennes, il y a des sonorités latines, il y a une chanson en créole, c’est un clin d’œil aux Antilles. Il y a une chanson un peu makossa, donc du Cameroun, que j’ai fait en collaboration avec mes amis du groupe H'Sao. C’est un groupe d’ici qui fait de la musique africaine, du Tchad, avec des voix un peu Gospel, c’est magnifique. Au niveau des thèmes, je chante l’espoir, l’amour, mais au sens de l’amour du prochain, la tolérance… Je suis restée dans les thèmes que je maîtrise le mieux. Je parle du défi de la vie, de ne pas lâcher, de se battre, la vie n’est pas facile, moi aussi des claques, j'en ai reçues... Je ne fais pas de la philosophie, les textes sont vraiment le reflet de ma vie.
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