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Quand le Jazz rencontre la Soul

Interview de Pi-R, véritable amoureux de la musique.


C’est avec son titre « Produit Marketing », figurant sur la compilation autoprod de la Fnac que Pi-R débarque dans nos oreilles. Qui se cache donc derrière ce texte engagé et cette production jazzy ?


Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Je m’appelle Pi-R, je fais de la musique, j’ai un spectacle qui s’appelle "Quand le Jazz rencontre la Soul" où j’essaye d’introduire le jazz en mélangeant mes diverses influences, qu'elles soient nu-soul, hip hop… C’est un spectacle qui réunit mon équipe de musiciens (saxo, contrebasse, guitare, clavier batterie) et mes deux choristes que je tiens à saluer Djouli-One et Sarah ; c’est vraiment essayer de faire un concert mais théâtral.

Comment as-tu débuté dans la musique ?

J’ai commencé par faire du piano quand j’avais 9 ans, mais j’ai tout arrêté pour le basket-ball que j’ai privilégié à la musique pour faire bonne figure devant mes amis, quand on est jeune ça passe mieux de dire qu'on est sportif !
Puis à l’âge de 19 ans, j’ai repris la musique, le chant, et aujourd’hui j’ai 23 ans donc ça fait véritablement 4 ans que je chante.

Est-ce que la présence de ton titre sur la compilation a créé un buzz autour de toi ?

Oui ça commence, on va dire, puisque j’essaye de suivre avec la scène. Mon but justement était grâce à cette compilation de montrer musicalement ce que je savais faire plus que vocalement, j’avais vraiment pour but de faire découvrir ce coté un peu jazzy que j’essaye d’apporter. Et en ce moment, je vois des artistes comme Rony ou Quinze, je vois qu’il y a un mouvement qui se crée pour que les artistes montent enfin sur scène. Pour moi c’est sur scène que les choses se font vraiment.

Le texte de Produit Marketing est assez engagé et on reproche souvent aux artistes français de ne pas l’être, qu’en penses-tu ?

C’est ce que j’essaye d’apporter en fait. J’aime beaucoup la nu-soul et tout ça mais les textes d’amour m’ont franchement gavé. J’en ai quelques uns bien sûr, mais je pense que c’est dommage que la langue française, qui est une belle langue, ne soit pas très exploitée. On pourra dire qu’elle est difficile, qu’elle groove pas, qu’elle n’est pas facile à manœuvrer mais il faut juste savoir comment l’utiliser. A l’époque des grands rappeurs français comme IAM, Oxmo Puccino voire même Arsenik sur leur premier album, il y avait des choses textuellement parlant qui m’ont beaucoup influencé mais la plupart des rappeurs de nos jours n’ont plus rien à dire. Les textes de Brel également m’ont influencé et moi j’ai toujours dit que si Brel avait eu la voix de Donny Hathaway, ça aurait été un monstre ! (rires) Je sais que je suis loin des textes de Jacques Brel mais j’essaye d’amener en toute humilité des textes et un engagement parce qu'il y a des choses à dire quand même, il se passe des choses dans ce monde. Je crois qu’à la base la musique a été faite pour communiquer et si par la musique j’arrive à faire entendre ce que j’ai à dire, eh bien j’aurai tout gagné.

Quand tu écris un morceau, tu met l’accent sur la production ou sur le texte ?

En fait, j’ai beaucoup écrit de textes pour mon album et puis j’ai découvert Philémon et ce mec là m’a mis une claque ! Parce que lui, on dirait qu’il écrit pour la scène, c’est la première personne que j’ai vue qui était capable de faire autant participer le public à son concert. Et ce soir là, je suis rentré chez moi et j’ai jeté tous mes textes, et j’ai tout réécrit en pensant à la partie scène de l’album, un peu comme R. Kelly qui, lorsqu’il écrit ses textes, pense à ses clips.
Bien sûr, des textes comme "Produit Marketing" ou "Violence", ce sont des textes qui parlent. Ce que j’essaye de produire dans mon spectacle "Quand le jazz rencontre la soul", c’est une interaction, un peu comme si on était au théâtre. Sur scène c’est un spectacle plus qu’un concert.

Quel regard portes-tu sur cette scène française ?

J’aime beaucoup Rony, Bona, Dan Kamit, tous ces nouveaux artistes qui arrivent en France. Il y a aussi Stefan Filey que je considère comme précurseur et Sandy Cossett qui a apporté beaucoup de choses. C’est vrai que c’est encore un peu underground mais je suis sûr qu’il y a plein de gens talentueux à Bordeaux ou à Marseille dont on entend pas encore parler. Je pense que ça va être long et difficile pour cette scène de s’imposer mais il faut savoir que ces artistes sont là pour la musique et vraiment pas pour l’argent (rires). Les structures c’est à nous de les créer, c’est à nous d’être professionnels et le problème qu’on remarque en France c’est le manque de professionnalisme. J’ai été à l'école aux Etats-Unis de 16 à 18 ans et les gens là-bas apprennent à s’exprimer, à se comporter devant une caméra à l’école, c’est tout un apprentissage, ils sont programmés pour être des gens à l’aise, malheureusement on n’a pas ça en France.
En France, nombreux sont ceux qui savent bien chanter ou autre mais la plupart ne savent même pas ce qu’est la musique.

Avec qui aimerais-tu collaborer en France ?

Collaborer ? Alors là je pourrais faire une liste ! (rires)... bien sûr celui qui m'a beaucoup influencé, Philémon, Gasandji, je pense que ça va se faire tout naturellement puisqu'on est amis depuis longtemps. J'aimerais beaucoup collaborer avec Bona, Antonio Dinas, qui est aussi un ami. Mais c'est vrai que, comme le disait Karl qui a fait la compil' de la FNAC, dans la soul on se connaît un peu tous, donc je pense que certaines collaborations se feront naturellement.

Peux-tu nous parler plus précisément de Gasandji et d'Inès avec qui tu travailles ?

Je travaille avec Gasandji, avec Inès et je fais des arrangements vocaux pour Ortal, qui a représenté la France à l’Eurovision mais qui à la base est une chanteuse de jazz.
Gasandji et Inès m’ont beaucoup intéressé, l’une pour son coté africain et l’autre pour son coté créole. Ma collaboration avec Inès s’est faite récemment, elle m’a découvert aux showcases de la FNAC et comme elle est aussi très jazz, elle m’a contacté et c’est avec plaisir que j’ai accepté de travailler avec elle.

Ta musique est, comme tu le dis, un mélange de jazz et de soul, est-ce que tu vas évoluer que dans ces deux courants ?

Certainement pas ! Il y beaucoup de choses qui m’intéressent comme les rythmes africains qui m’ont toujours attiré, enfin il y a pas mal de choses à essayer mais il ne faut pas trop s’éloigner de ce qu’on est.

Des influences ?

Dwele, D’Angelo, Pete Rock, Isaac Hayes, Donny Hathaway, qui m’a beaucoup ému, sinon j’écoute beaucoup de jazz : Duke Ellington, Coltrane, il y en a vraiment beaucoup.

Quels sont tes projets ?

J’ai créé avec un ami une agence d’évènementiel qui s’appelle Lethal Events, le site sera d’ailleurs bientôt en ligne. En fait on a gagné un concours organisé par le Sénat qui s’appelle Talents Des Cités donc on a eu des subventions et on essaye donc de créer ce professionnalisme dont je parle pour entourer les artistes dans la soul ou dans toute autre forme de musique qui n’est pas respectée par les médias et qui a sa place sur le marché français. Quant à mon album, je voulais d’abord le sortir au plus vite, maintenant j’ai pas de restrictions, je suis dans une école qui s’appelle l’American School Of Modern Music, je continue d’apprendre la musique et mon but c’est dans 10 ans ou moins arriver au niveau de mes modèles, qui sont Saadiq ou D’Angelo. Maintenant je ne me stresse pas, mon album sortira dans 1, 2 ou 3 ans peut-être mais seulement quand les choses me conviendront à moi.

Je te laisse le mot de la fin.

Merci à Onlygroove de m’avoir reçu et vive la musique ! Big up à toute l’équipe de Do Me Right de Générations, à mon manager Penza qui est toujours là quand il faut, la chorale We Are One et tous les gens qui me soutiennent!



Par Lysiane N.
Publiée le lundi 10 avril 2006


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