MATT : précurseur en perte de vitesse ou confirmation d’un pionnier ?
7 ans après…
A l’occasion de la sortie de son quatrième album, « Phoenix 2006 », Onlygroove rencontre Matt pour une petite session de questions, qui lui permettent de remettre les pendules à l’heure. Questions classiques, voire rébarbatives pour l’intéressé, elles n’en restent pas moins intéressantes à reposer, aux différentes étapes de sa carrière. Entretien.
7 ans après ton premier album éponyme, tu es encore aujourd’hui considéré par beaucoup comme le représentant du RnB masculin français. Quel est ton sentiment vis-à-vis de ce statut ?
Ca me fait énormément plaisir que les gens me voient ainsi. Moi je fais juste ma musique et j'essaie d'être corrosif comme je l'ai toujours été. J'essaie de me maintenir à un certain niveau et je ferai en sorte d'être parmi les meilleurs, de rester au top. Et si on juge que je suis le représentant du R&B en France, c'est très bien, mon père sera fier de moi.
Quelle étape de ta carrière représente la sortie de ce quatrième opus ?
Quelle étape? Je ne sais pas trop, s'il y avait une étape, ça voudrait dire que j'ai eu une grande carrière. C'est le quatrième album, y a pas d'étape spécifique, j'continue de faire mon truc, c'est tout.
Quels sont les projets futurs ou en cours de « On The Track » ?
Ben j'm'occupe de mes gars, VR, Mike, on espère sortir leur projets bientôt, on continue de faire tourner la machine.
Pourquoi t’inspires-tu autant des ricains ? Alors que la plupart de tes collègues cherchent une identité propre au RnB français.
Tu peux me dire lesquels ? Quels artistes peux-tu me citer qui ne s'inspirent pas des américains ? En France, on peut même pas dire qu'il existe un R&B français. C'est une musique qui appartient aux américains, c'est eux qui l'ont créée, et actuellement ce sont eux les meilleurs. Pour moi, c'est normal que je m'inspire des pionniers. Ici, on peut même pas dire que cette musique soit respectée, aux Etats-Unis, le R&B c'est devenu une forme de variété. Après, je m'inspire de leur musique mais j'apporte ma touche, on me reproche des choses sur mes textes, on veut que je m'exprime d'une certaine manière mais moi si j'ai envie de parler d'amour ou de fesses, je le fais, j'ai pas envie d'écrire des chansons qui font chialer ou qui donnent envie de sauter par la fenêtre, c'est pas mon délire.
Ces dernières années, le RnB s’est énormément formaté aux States autant qu’en France. A tel point que des artistes Pop tentent de se déguiser en artistes RnB car c’est à la mode. Que penses-tu de ce phénomène, très en vogue en France en ce moment ?
En France, je pense qu'il y a un problème de connaissance. Les gens qui chantent ne connaissent pas cette musique qu'est le R&B et même certains médias véhiculent une image qui est fausse. Moi j'aime ce que font les américains car ils ont une vraie culture concernant cette musique et ils l'aiment. En France ils nous faudrait plus de personnes qui font de la musique parce qu'ils l'aiment et non pas pour suivre le mouvement ou la mode. C'est vrai que y en a quelques uns qui font ça mais pas tant que ça non plus. La musique est vaste, aujourd'hui Jessica Simpson, qui a une superbe voix, peut chanter du R&B mais elle n'en reste pas moins une artiste de Pop. Sur mon album, j'ai fait un morceau de Bossa, ça veut pas dire que je ne suis pas un artiste de R&B.
Nina Shaw est une chanteuse américaine pas très connue, qui a repris le sample de « RnB 2 Rue ». Je t’avais fait écouter cette chanson dont tu ignorais l’existence il y a quelques mois en arrière. Tu as lancé une démarche ?
Oui, quand j'ai entendu le morceau, j'étais un peu surpris et fou de rage, c'est vraiment pas professionnel d'utiliser le morceau d'un artiste sans prévenir, et puis bon, surtout venant de la part d'américains qui connaissent bien le milieu quoi. J'avais donc lancé des démarches et tout, prêt à faire des procès et tout ce qui s'en suit. C'est vrai que j'ai eu une période ou j'étais pas dans une bonne vibe, ou j'voulais attaquer un peu tout le monde et finalement j'ai appris que le projet et donc le morceau allait être sans suite etc. car y avait des soucis avec le manager et la chanteuse, bref... j'ai laissé tomber. En fait, je me suis dit que c'était quand même assez flatteur que des kainris m'aient pompé parce que c'est rare venant de leur part et ça prouve qu'ils ont bien kiffé.
Tu en es à ton 4e album, mais on remarque quand même qu'il y a une certaine déviation artistique entre ton premier album et les trois autres qui ont suivi, comment expliques-tu ça ? Et que penses-tu de ce public qui ne reconnaît que le travail effectué sur ton premier album ?
J'ai évolué. Cet album je l'ai fait quand j'avais 20 ans, il retrace 20 ans de ma vie et c'est pour sûr mon préféré. Maintenant, il faut savoir que sur cet album il y avait plein d'intervenants, beaucoup de personnes m'encadraient, on a créé un bon délire mais au fil du temps il s'est avéré que ce délire était pas réellement le mien, c'était pas vraiment ce que je voulais faire de ma musique. Donc à ce public qui considère que j'ai changé, je leur dirai que je suis resté le même, s'il n'aime pas ce que je fais maintenant c'est dommage mais qu'il n'écoute pas. Le public en France est trop compliqué, un artiste doit évoluer et c'est ce que j'ai fait.
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