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Hermosdef a disparu depuis le 26 décembre. (plus d'infos dans cette breve)

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Hermosdef

Première partie : The Soul Catcher


Hermann, c'est un peu un incontournable de la scène underground à Paris. Non il ne chante pas, il ne rappe pas non plus... son truc, c'est la photo! A l'occasion de l'exposition Above Ground au Club Med World, Onlygroove à rencontré Hermosdef photographe mais surtout véritable passionné de musique qui nous parle entre autre de sa vision et de son engagement au sein du mouvement Hip Hop/Soul ainsi que de ses projets...


Peux-tu peux commencer par te présenter?

Pour ceux qui ne me connaissent pas je m’appelle Hermann Deza alias Hermosdef, photographe on va dire urbain - j’aime pas ce terme là. Je photographie un peu de tout mais je suis plus connu pour mes photos « urbaines » et mes portraits. 31 ans, originaire de la Cote d’Ivoire.

Comment en es-tu arrivé à la photographie ?

Pendant mes études à Londres, après mon bac en 95, pour faire des études de communication, j’ai suivi un cours de média qui regroupait presse, photographie et d’autres sujets. Mais la photographie ne m’a pas intéressé tout de suite, c’est un cours que j’ai souvent séché, j’ai du avoir 3 ou 4 cours de photo, très théoriques au début et ça m’a soûlé donc en fin de compte je n’y allais jamais. En plus, je n’avais pas de thune par rapport aux autres étudiants et je n’ai pas pu m’acheter mon appareil photo tout de suite et je pense que ça m’a découragé. Mais sans le savoir j’ai toujours eu l’amour des images parce que chez moi c’en était rempli... comme beaucoup d’adolescents, qui mettent des posters de leurs idoles, moi je mettais plus des posters parce que j’aimais la photo et pas parce que j’aimais le mec dessus. J’avais une chambre remplie de flyers du sol au plafond et de photos de magazine comme à l’époque : Touch, True, Trace, Vibe. Du coup j’aimais la photo sans savoir vraiment si je voulais la pratiquer.
C’est seulement en revenant en France en 2000, que je me suis acheté un appareil photo argentique et vraiment là j’ai commencé à prendre des photos sur Paris, à me promener dans les rues, et à l’époque j’étais vraiment attiré par le tag, tout ce qui était expression urbaine c’est à dire pochoirs sur les murs, tags, affiches, festivals de graffiti. Je me baladais des journées entières dans la rue à prendre des photos de cet environnement urbain.

Et avec quoi tu te balades, quel matériel utilises-tu ?

Aujourd’hui, j’utilise un appareil numérique Canon 350D, j’ai un appareil moyen format Mamiya 645, et je possède un petit appareil russe acheté à 30 euros fait par LOMO. Ce sont mes trois appareils de prédilection.

La plupart de tes photos sont numériques…

China by Hermodef
China by Hermodef
Oui la plupart de mes photos sont numériques surtout parce que je fais énormément de concerts donc pour le coût j’utilise le numérique, mais quand je dois faire un truc un peu plus léché comme certains trucs en studio ou quand des gens me demandent des travaux photos certains me demandent de l’argentique. Mais 90% de mes photos sont numériques pour l’instant.

C’est juste parce que ça revient moins cher ?

Ouais… enfin c’est moins cher, c’est plus facile à retoucher aussi. Quand t’as un appareil numérique, tu rentres chez toi, tu le mets sur ton ordinateur et tu peux voir ton travail. Tandis qu’avec l’argentique tu dois aller au labo, attendre que le labo te les sorte, y’en a qui seront ratées, tu paies pour toutes les photos…. Donc du coup le numérique arrange tout le monde, les gens qui demandent des photos et moi-même… ça prend moins de temps. Mais j’aime la sensibilité de l’argentique, et je m’y remets de plus en plus.

J’ai vu tes derniers shoots avec Tiemoko et Kirikoo, c’est de l’argentique ou du numérique ?

C’est du numérique, mais justement avec la venue des numériques à bas prix, tout le monde s’autoproclame photographe. Et moi j’essaie de me distinguer, en donnant un coté argentique à mes photos numériques.

D’où vient ce terme de "photographe urbain" ?

On m’a qualifié ainsi, mais moi je suis juste photographe. Je me vois comme un photographe des cultures urbaines. Je ne prends pas de bâtiments ou autres images de cité. Moi je suis plus intéressé par les gens qui vivent la culture Hip Hop, Soul au quotidien.

Oui ton portfolio est principalement composé de portraits, pourquoi?

Déjà on dit que l’image est plus forte que les mots, mais dans un visage plus précisément y’a énormément de choses, d’émotions qui ne seront jamais traduites par un plan général par exemple. Moi en fait, j’ai un surnom, on m’appelle le Soul Catcher, le voleur d’âmes parce que j’essaie de capter l’âme des gens à travers une image. En général les gens que je photographie sont des gens authentiques. Mes photos sont en général pas très « posées », je fais beaucoup de reportage quand les gens sont dans leur élément naturel en club, en concert. Du coup, ils sont comme ils sont, ils n’essaient pas d’être wannabee, il ne joue pas un rôle, il n’essaie pas de véhiculer une certaine image. Moi je les prends juste en plein dans leur délire.
C’est pour moi la meilleure façon de pouvoir s’imaginer l’histoire de la personne que j’ai pris en photo.

Fantastic à la Mercerie by Hermosdef
Fantastic à la Mercerie by Hermosdef


Est-ce qu’on peut parler d’une touche Hermosdef ?

Ouais je pense et j’espère. Je pense que c’est plus aux gens de me le dire, moi je fais mes photos instinctivement, ce n’est pas calculé. Je ressens ma photo quand je la fais.
Surtout quand j’utilise le noir et blanc, je le fais de manière très contrastée, ce sont souvent des photos avec un fond noir, et la personne, le sujet qui est dessinée par la lumière. Un peu à la mode des photos de jazz dans les 70’s où ce qui primait n’était pas l’environnement, mais plutôt le sujet. Et le fait de découper mon sujet de manière à ce qu’il soit vraiment le centre de la photo, et qu’il attire l’œil du spectateur. C’est pour cela que je contraste beaucoup mes photos avec des noirs et blancs très poignants. D’ailleurs j’ai remarqué qu’il y a pas mal de gens qui commencent à faire un peu le même genre de photos parce que ça parle d’authenticité, ça rappelle ces vieilles photos des milieux jazz. Mon travail est en constante évolution, mais je me suis plus démarqué avec ce type de portrait en noir et blanc et surtout sur les peaux noires parce que j’adore sublimer la peau noire, et en noir et blanc avec des reflets argentés c’est un peu ça ma touche.

T’as un peu le monopole en plus sur les soirées à Paris ! Soulissime, Soul Nation et puis d’autres concerts… tu es toujours présent !

Ce n’est pas vraiment une question de monopole. Quand j’ai commencé à prendre des photos en concerts, je ne voyais que Xavibes. Puis de plus en plus, j’allais en concert et je ne quittais pas mon appareil et à cette époque la seule soirée que je ne ratais jamais et que j’attendais avec impatience c’était la Rimshot. J’ai commencé à prendre des photos aux Rimshot et là-bas le seul photographe c’était Xavibes. Donc Soulville, Rimshot et puis Gaby a fait appel à moi pour les soirées Soulissime. Donc en terme de monopole, non, peut-être que moi je suis plus officiel que certains qui viennent juste avec leur appareil prendre des photos. De concerts en concerts je vois de plus en plus de personnes qui viennent faire la même chose que moi parce qu’ils se sont achetés leur appareil et puis y’en a qui ont du talent et d’autres qui en ont moins. Mais c’est clair que je suis assez connu sur ce créneau là.

Et concernant tes rapports avec les autres photographes français, ceux que tu vois en soirée et ceux qui ont déjà leur petite notoriété, etc... comment ça se passe?

Dal Green by Hermosdef
Dal Green by Hermosdef
Moi ce qui m’a étonné c’est que j’ai découvert qu’en très peu de temps, donc en l’espace de 2-3 ans, je suis devenu une référence pour les jeunes photographes qui commencent maintenant. Des gens qui ont commencé la photo y’a un an par exemple regardent mes photos comme le genre de photo qu’eux même aimeraient faire, ou alors je leur donne des idées, l’envie d’aller prendre ses photos dans des endroits soul ou hip hop alors qu’avant mes photos étaient plutôt amateurs. J’ai plus de rapport avec des jeunes photographes qui me demandent au début "comment tu fais ?", "Quels matériels tu utilises ?" Et "que penses-tu de ma photo ?" qu’avec les photographes déjà établis. Je n’ai pas beaucoup de contact dans le milieu de l’art par exemple, parce qu’à la base je ne considère pas mes photos comme de l’art, certaines fois oui mais en ce moment je fais plus du reportage. Sorties de leur contexte on peut les considérer comme œuvres d’art par exemple. J’essaie de faire des photos qui sortent du commun et qui ont une touche personnelle artistique. Mais le milieu de l’art… non, Hermosdef n’est pas un photographe « fashion » en fait. Je suis peut-être tendance mais je ne suis pas un effet de mode. Je suis là depuis un moment et les gens me connaissent petit à petit un peu plus mais…. J’aimerais à l’avenir consolider des liens avec le milieu de l’art.

Peut-être avec ton exposition « Above Ground » au Club Med World…

J’espère mais enfin malheureusement ce n'est que 10 photos, en 10 photos on ne peut pas voir l’étendue de mon travail. J’ai un éventail de photos très différentes les unes des autres, c’est ce que je vais essayer de présenter à mon expo mais ce n’est que le haut de l’iceberg. J’ai des milliers de photos que personne n’a jamais vu… entre le travail que je montre et celui que je fais, il ya vraiment des différences. Je garde de nombreuses photos pour mon bouquin, mon projet de bouquin…

Un bouquin ?! Tu nous en parles ?

Ben.. Avec tout le travail que j’ai fait pour la soul et le hip hop français depuis à peu près deux ans, je pense sortir un livre de photos qui retrace le mouvement soul/hip hop à un moment donné entre 2005-2007 et ça parlera un peu de l’émergence de ce phénomène pour une certaine masse. L’univers soul/hip-hop à Paris est très petit, donc forcément ce sont les mêmes gens, le même public, les mêmes artistes et je voulais par la même manière rendre hommages à ces artistes, bourrés de talents, travailleurs de l’ombre. Ce sont des gens qui sont musiciens, qui souvent ont appris tout seul mais qui n’ont pas les moyens de se faire connaître par le grand public et par ce livre là j’essaierai de faire découvrir au public cette scène underground dont on ne parle pas. Je pense l’appeler « Paris Me Soul » comme le nom de mon exposition il y a un an aux Bains Douches.

Ce projet de livre est vraiment intéressant en tout cas…

J’pense que malheureusement y’a des gens qui vont le faire avant moi, parce que logistiquement j’ai pas vraiment les moyens de le faire mais ça sortira soit fin 2007, soit début 2008.

Propos recueillis par Syleina

2ème partie de l'interview ici

Flyer Aboveground
Flyer Aboveground



Par Lysiane N.
Publiée le jeudi 31 mai 2007



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