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Leeroy

Retour sur sa carrière solo


Petit entretien avec Leeroy après la sortie de son premier album solo « Open Bar ». Nous avons rendez vous à 15 h, 15h10 j'arrive au pied de son immeuble... Il me faut ensuite trouver comment entrer, à quel étage monter et à quelle porte frapper. J'entre enfin dans son appartement après 15 minutes de galères. Il est en compagnie de Karve avec qui il bosse sur son projet. Il m'invite a m'asseoir sur un petit – très petit – fauteuil africain en bois pendant qu'ils fignolent une instru dans son home studio. L'interview peut enfin commencer.


Je vais commencer par le sujet qui peut « fâcher » NONNNN de Leeroy (rires). J'ai lu quelques interviews dont certaines où tu étais loin de faire l'éloge du Saïan : hypocrisie, suffisance... Tu ne penses pas que tu décrédibilises le groupe comme ça? Sachant qu'on a tous plus ou moins une image d'un groupe de potes soudé.

Ce n'est pas gratuit, je ne me serais jamais permis, une rupture ça ne se passe jamais bien. Lorsque je suis parti il m'avait semblé être correct et très clair aux yeux de tout le monde. Et autour de moi j'entends des choses bizarres. Donc je me suis permis de jeter une petite crotte de nez de temps en temps, c'est pas méchant.

Ouais mais ça décridibilise assez le groupe.

Ouais on sauve bien les apparences depuis des années. Mais voilà c'est la fin qui n'a pas été cool.

Retour sur ton album. Open bar est ton premier album solo. Tu ne penses pas que le titre peut induire le public en erreur? Ce n'est pas seulement un album festif, il y a des morceaux comme Indigènes, Je viens de là ou l'on m'aime par exemple qui traitent de problèmes plus sérieux. Le choix a été dur ? Aucuns regrets ?

Tu sais c'est toujours difficile de donner un nom à un album, ça tient à un ou deux morceaux parfois. Déjà c'est le meilleur nom d'album que j'ai trouvé, je n'en trouvais pas et comme on voulait communiquer assez vite dessus il fallait trouver un nom d'album et c'est celui qui est arrivé le plus vite et le mieux. Et de deux c'est vrai que ça synthétise toutes les approches musicales que j'ai fait même si ça reste du hip hop et que moi je rappe, des fois je chante un peu. Et à côté de ça j'aime le mélange, il y a un morceau blues même si je rappe dessus, un morceau rock avec Antisocial, un morceau reggae avec Féfé. Open bar voilà, on va dire que tu commandes, tu peux commander ce que tu veux, y a plusieurs styles.

En fait l'album reste dans l'esprit Saïan : un mélange d'humour et de sujets sérieux... Beaucoup de second degré. Les instrus sont aussi très proches. Délire Super Hero. Penses tu que cette pâte Saïan va disparaître avec le temps ?

C'est carrément ça, c'est dans la continuité. Depuis les débuts du Saïan : oser le mélange, oser la diversité musicale, puisque le hip hop, notre hip hop, et le mien encore aujourd'hui, se voulait rassembleur de toute les vibes que chacun avait en soi et c'est l'expérimentation aussi tout simplement. Moi je me dis, putain j'aimerais bien faire un blues, bah je vais faire un blues, ah ouais y a un truc reggae bah vas y, au final on peut rapper sur tout, faut oser, et c'est la continuité du Saïan ce que je fais. Je ne prétends pas arriver et casser complètement cette image.

On aurait pu peut être s'attendre à ça, suite à ton depart.

Ouais, mais j'ai été dans ce groupe depuis dix ans, c'est la continuité mais il y a des genres qu'on avait pas abordés. Comme du rock, de l'electro sur "Hey Yo Leeroy". Mais oui, c'est la continuité.

Malgré les tensions il y a deux sons avec l'un des pilier du Saïan Féfé sur "Je n'ai jamais choisi" et "Je viens de là où l'on m'aime". Comment s'est passée la création de ces deux morceaux ? Pourquoi lui ?

Déjà ce sont des morceaux qu'on avait fait avant que je parte du Saïan, je commençais à maquetter un peu avant. Après on s'est vu deux trois fois, puisqu'après il y a eu la promo avec le morceau sur l'album de Idir, que j'ai réussi a récupérer pour mon album. Voilà après c'est cool quoi. Pas de problème particulier.

Et comment as tu rencontré Idir ?

Quand il faisait son album, la "France des couleurs", on nous a contacté par l'intermédiaire de Sony. On a été d'ailleurs les premiers à enregistrer une chanson pour son album, on a démarré le projet "La France des Couleurs". On l'a rencontré, ça c'est super bien passé, on s'est posé sen studio, on a discuté du thème du morceau de l'album. Ca prenait une certaine dimension, parce que moi, tu vois, quand j'étais jeune mes parents écoutaient Idir sur les 45tours qu'on avait à la maison. Et voilà maintenant je fais un morceau avec, puis il est venu au Nouveau Casino où j'ai fait un concert. Depuis on se voit tout le temps, hier encore j'étais avec lui, on squatte les plateaux.

Tu parles un peu de tout dans tes textes. Il y a un texte que j'ai du mal à saisir, c'est "Comin'out". C'est à prendre comment ? Je suppose que c'est du second degré.

Oui, bien sur, c'est humoristique. En fait j'ai imaginé un concept, j'ai pris le contre pied de. Un peu à l'image d'un sketch qu'avait fait Gad Elmaleh sur la clope, où il dit « voilà ça y est j'ai réussi à commencer », alors que les gens en principe disent « voilà j'ai réussi à arrêter ». Bah là c'est pareil. Et y a aussi un sketch de Bigard qui dit exactement ce que je dis dans la chanson, « ça y est j'ai plus peur je me montre avec ma femme, je suis hétéro, ah puis j'en connais dans le showbiz, je peux les balancer etc etc ». C'est plus humoristique. Après si on cherche et qu'on creuse ça veut vraiment dire aussi qu'on est allé dans le sens contraire tout le monde prône l'extravagance, là je ne vise pas les homo etc, et moi je dis « bah non je suis pas extravagant », limite t'es devenu ringard.

C'est qui Lucile ?

Bon déjà je voulais faire une lettre de rupture, un truc où le mec en avait bavé et tout. Au final ça c'est transformé en Lucile, mais au début je me disais que ce serait cool de faire une lettre de rupture car en principe ce sont les mecs qui sont immondes, ils sont là dans le canapé, ils rangent jamais, le mec de base quoi, qui fait pas la cuisine etc. Et j'ai imaginé ça dans le sens inverse, et si le mec avait subit ça mais de sa meuf. Et voilà qu'il en peut plus et il la décrit. Et j'aime bien aussi l'humour un peu noir, le délire à la Dupontel toutes ces choses là, beetlejuice, un humoriste aussi Laurent Violet. J'aime tout ça, ce que font les guignols aussi, c'est super trash et ça me plaît.

Tu n'as donc pas connu de Lucile ?

J'aurais pu ! Non non franchement je n'en ai pas connu des comme ça (rires).

Un album s'accompagne d'une tournée. Comment ça se passe ?

La tournée va commencer en janvier. Toutes les dates qu'on a eues là, c'est nous par l'intermédiaire du label avec lequel je travaille Aktarus. On a plein de dates qui tombent donc on les fait, sinon on a un tourneur et la tournée se fait à partir de Janvier jusqu'au printemps, il y aura les festivals d'été et voilà ça se passe super bien. On fait des purs concerts.

Tu ne te sens pas trop seul ?

Bah non puisque maintenant j'ai des musiciens, un groupe qui s'appelle Contrôle club, on a une formule avec eux et les Djs et ça se passe super bien, c'est un autre style. Et c'est vrai qu'à la sortie du Saïan je me suis dit inconsciemment peut être « je vais me retrouver seul ». Parfois avec Karve on fait des formules réduites, pour des plans où les mecs ont pas trop d'argent, on y va quand même pour présenter l'album, on y va avec nos Djs. Les musiciens ça coûtent cher en tout, billet d'avion, hôtel etc. Mais c'est forcement moins bien. C'est vrai que j'avais besoin de quelqu'un derrière et là c'est encore, enfin je ne vais pas dire mieux, mais c'est une autre approche. Puisque eux même s'approprient les chansons, y a vraiment un taf, je fais de la musique quoi.

Question banale, c'est quoi ton morceau préféré de l'album ? J'ai entendu "Antisocial" dans une interview ? Mais apparemment tu changes souvent.

Ouais, je change souvent. "Antisocial" c'est vrai que j'ai hâte de faire le clip sinon en ce moment j'écoute beaucoup de blues je suis bizarre, un mec comme Busta Rhymes, ou je ne sais pas qui, je me demande ce qu'il aurait fait dessus. C'est toujours comme ça, des fois je me dis que si tu ne fais pas les choses avant, il y a toujours quelqu'un qui le fera. Petite anecdote, quand on a enregistré le troisième album du Saïan, moi je produis, je fais les instrus etc. J'ai voulu faire un truc avec Pulp Fiction, et après Les Black Eyed Peas l'ont repris, on était dégoûtés. Donc là pour le coup le Blues c'est vraiment l'un des premiers morceaux que j'avais fait pour l'album et je me dis que j'aime bien, il est bizarre ce morceau, il boîte un peu, ça chante mal etc. Donc en ce moment c'est "Y a Des jours".

Et le clip "Antisocial" il en est où?

On est en train de le faire là. Donc j'ai contacté Bernie Bonvoisin directement de Trust qui est aussi réalisateur, il a fait Les Démons de Jésus, Blanche etc. Et puis déjà lui il nous a donné l'accord, car dans ces cas là on doit demander l'accord pour un réadaptation etc. Il a kiffé, franchement le contact est bien passé, on s'est vus, je lui ai proposé le clip, j'espère le faire là, pour bientôt.

En parlant de clip. J'ai fait un petit tour sur ton site et j'ai regardé les videos. Tu aimes bien jouer, délirer sur des videos, que ce soit brèves de comptoir, ou autre. Tu penses te diriger vers la comédie dans le futur ?

Ouais, j'aimerais franchement. Je pense que je ne lâcherai jamais la musique en tout cas mais ça me tente, réaliser des petits trucs ou jouer la comédie. Après c'est pareil, ilfaut bosser, parce que tu vois inversement ce serait difficile d'accepter qu'un mec vienne dans le rap comme ça. Faut du taf tu vois. Si tu vas dans un milieu, il faut que tu bosses.

Brèves de comptoir c'est venu comment?

On voulait trouver une idée originale pour commencer à faire un buzz, ou en tout cas à faire parler de l'album. Et là sur le net j'ai rencontré des mecs, un qui fait du son et un autre qui fait de l'image, c'est avec lui qu'on a fait brèves de comptoir et le gars qui fait du son c'est avec lui qu'on va faire un mixtape. On a eu cette idée... on voulait tenir les gens une minute sur un sujet de discussion qui n'a rien à voir, un peu à la Tarantino comme dans Pulp Fiction par exemple. Et voilà on l'a fait à notre sauce c'était super improvisé. On s'est marrés à faire ça sur une demi-journée.

Tu as de nouveaux projets déjà ? Enfin je vois que tu bosses avec Karve là.

Là on travaille sur la mixtape de Dj Karve qui va s'appeler "Bain de foule" qui va me permettre un peu de démarcher sur une formule qu'on a aussi en club voilà, on arrive, on fait deux ou trois heures de set, entrecoupées d'ambiance et de chansons. Et là mixtape dont je te parlais avec le mec qui s'appelle Gloumi – rencontré via le net – qui va retracer une journée télé, ça se sera après janvier. Et puis je pense à un autre album et un projet avec Dj Zebra aussi. Voilà à quoi on travaille.

Tu penses déjà à un autre album ?

J'y pensais déjà quand je masterisais l'album. Voilà t'as fait ton truc et bon, je vais pas dire non plus que y a beaucoup de chansons, j'ai voulu faire un album qui s'écoute vite, qui prenne pas la tête...à côté de ça je me suis dit, putain y a pleins de trucs que j'ai pas fait!

Comme ?

Bah je sais pas, tu vois tu disais qu'Open Bar ne synthétisait pas trop l'album, moi j'aurais aimé faire un ou deux morceaux de plus, plus intimiste à la manière de Home Sweet Home – écrit par Sandy Cossett – y a que ce morceau en fait qui parle de moi. Ca vient aussi du fait que je n'aime pas quand les mecs racontent leur vie, ça me saoule je me dis « j'en ai rien à foutre de ta vie ».

Mais c'est ça aussi.

Ouais, c'est ça aussi tu vois. J'aurais donc aimé en faire un ou deux de plus, plus intimistes. Sans passer par les concepts, l'auto-dérision. Ou aussi d'autres concepts. J'ai plein de concepts en fait! Faudrait faire un album par an! A la Busta tout ça...

Dernier mot ?

Euh... je voulais sortir une blague pourrie mais j'en ai pas... Wesh la famille bien !



Par Marie Schockweiller
Publiée le vendredi 12 octobre 2007


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