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Le Hip-Hop fait de la Resistance

Fab et Awer : portrait de deux activistes de la scène Hip-Hop


Hip-Hop Resistance, c’est Fab et Awer… mais c’est aussi plus 70 événement depuis le premier concert au Batofar et 500 artistes ramenés sur scène, avec toujours la même énergie et la même qualité dans les choix artistiques comme dans l’organisation. Présents depuis des dizaines d’années sur la scène françaises, le cœur plein de souvenirs et la tête encore pleine de projets… mais qu’est-ce qui fait courir Fab et Awer ?


Comment est né le projet Hip-Hop Resistance ?

Awer : Vers la fin des années 90, il y avait peu d’opportunités de voir des artistes hip-hop de qualité à Paris. On trouvait d’un côté les showcase des maisons de disque aux Bains-Douches ou ailleurs, difficilement accessibles à tous, ou bien des soirées chères mais pas toujours de qualité.
L’idée a commencé à germer dans ma tête de faire venir moi-même les groupes que j’aurais voulu voir sur scène -puisque personne ne le faisait- et d’organiser des concerts ouverts à tous, ni privés ni hors de prix.
Je connaissais déjà Fab à l’époque, on se croisait souvent en soirée. On était de la même génération, avec le même point de vue sur les choses et en plus lui bossait avec toute la nouvelle vague underground française, des artistes comme TTC ou La Caution, qui moi m’interpellaient beaucoup… C’est donc tout naturellement à lui que j’ai eu envie de parler du projet.

Fab : Moi à l’époque c’est vrai que j’étais déjà engagé dans pas mal de projets : j’étais DJ de la caution, je bossais sur mes mixtapes Underground Explorer, j’animais une émission sur le web avec Tekila Tex… Awer est venu me voir et je me suis lancé à ses côtés pour un premier coup d’essai.
Le premier concert qu’on a organisé s’est déroulé au Batofar, c’était Kerozen (La Caution, Kalash, Octobre rouge…) VS Brick 9000, un label belge… On l’a fait sans trop se poser de questions plutôt comme un one-shot. Puis les gens ont commencé à réclamer le suivant….
Là on a fait venir Akrobatik et Zion-I, et ça a été tout simplement l’émeute ! C’est là qu’on a réalisé qu’on avait vu juste et qu’il y avait réellement un public à Paris pour ce genre d’événements.


Comment à évolué le projet depuis ce premier « one shot » ?

Fab : Au début, on avait juste envie laisser notre emprunte sur la scène française, sans penser à l’aspect financier ni à la suite du projet. Puis au fur et à mesure on s’est dit qu’on pouvait peut-être déranger un peu plus les gens, aller plus loin dans notre démarche… Ce sont surtout les retours positifs du public qui nous ont fait prendre conscience qu’on était sur la bonne voie, qu’on tenait quelque chose. Le changement s’est aussi fait dans notre façon de gérer les évènements : plus le projet prend de l’ampleur, plus tu es obligé d’avoir un regard de « business man ».

Awer : Oui, quand tu commences à dealer avec les Américains, à être sollicité pour faire de la distribution, tu es obligé de penser business, d’être moins laxiste sur les comptes et d’apprendre tout un tas de choses auxquelles tu ne pensais pas forcément avant : les contrats, les assurances, le booking des hôtels etc. En bref, tu te prends la réalité en pleine face.

DJ Kozi, DJ Fab et Awer by Hermosdef
DJ Kozi, DJ Fab et Awer by Hermosdef


Vous faites beaucoup pour faire connaître la scène underground américaine au public français. Et ramener des artistes français à l’étranger, c’est quelque chose qui vous intéresse ?

Fab : On essaye, mais il faut être clair : la culture hip-hop vient des Etats-Unis. Nous on la ramène de là-bas pour la faire venir jusqu’ici. Après si elle peut s’enrichir ou se diversifier en France et repartir là-bas, tant mieux… mais pas dans n’importe quelles conditions.
Si Awer et moi devions exporter des artistes français, il faudraient obligatoirement que ce soient des gens qui collent à notre paysage musical. Pour moi si tu dis Kondho, Enz, Seisme ou La Caution, c’est comme si tu disais Madlib ou Oh No par exemple, y a pas de différence. Par contre, je me vois mal ramener aux Etats-Unis des gars comme le 113… c’est faisable... mais ça ne colle pas avec notre démarche.

Awer : En fait on a commencé ce travail d’exportation depuis 2 ans, mais il en est encore à l’état embryonnaire. On a vraiment envie de continuer, mais il ne faut pas bruler les étapes. Pour l’instant on contribue surtout à placer des artistes sur des émissions de radio à l’étranger, à les signer pour de la distribution nationale dans certains pays, ou à les placer sur des mixtapes.
Le fait de signer et de diffuser le Wake-Up Show en France nous a ouvert beaucoup de portes à l’étranger. C’est notamment ce qui m’a amené à partir avec Rohff aux Etats-Unis et qui nous a permis d’avoir un mix mensuel de rap français sur l’une des plus grosses radios d’Australie. On a aussi réussi à faire signer l’album de Kondho pour une sortie nationale là-bas et à placer des morceaux de Youssoupha et d’Al Peco sur l’une des mixtapes de DJ Revolution… C’est de cette façon qu’on fait avancer les choses !

Fab : Question rap français, les Américains sont encore bloqués sur Solaar, NTM, Iam et le Saïan Supa Crew. Pour l’instant ce sont les seuls qui ont véritablement réussi à s’exporter. C’est dommage… Mais le problème en France vient aussi du fait que certains artistes ne sont pas assez concentrés, pas assez carrés, et ne gèrent pas la scène aussi bien qu’ils le devraient. Les Américains sur scène sont extrêmement professionnels. A côté ils peuvent déconner, mais une fois qu’on parle business et performance, ils savent ce qu’ils ont à faire.

Il y a eu pas mal de mouvements sur la grille de rentrée de Générations 88.2 ? Qu’est-ce que ça a changé pour vous ?

Awer : Notre émission est passée du mercredi au samedi soir 20h, donc c’est un nouveau challenge pour nous. Ça veut dire qu’on touche un public plus large, y compris des jeunes qui ne sont pas forcement familiarisés avec notre son. Ce sont eux les plus durs à convaincre…

Fab : On ne s’y attendait pas, on pensait même qu’on allait peut-être sauter de la grille de la radio, parce qu’on est très éloignés de tout le bling-bling qui se fait actuellement. Donc on est contents… mais pas dupes non plus. Générations, c’est une entreprise de media, avec des objectifs business, donc elle met en avant ce qui est dans l’air du temps… Si ça va dans notre sens en ce moment tant mieux, mais sinon tant pis. Notre force c’est qu’on a d’autres projets à côté, on ne vit pas de la radio, loin de là. Générations ne nous a pas fait et n’a pas fait Hip-Hop Resistance, elle a simplement contribué à une diffusion plus large de nos projets.
Nous on sait pourquoi on reste sur Générations – on a des choses à dire à faire découvrir et la radio nous permet de toucher plus large- et eux savent qu’en nous gardant ils profitent de notre légitimité dans le hip-hop, en France et à l’international. A partir de là tout est clair entre nous.

Awer : Il y a aussi le Wake-Up Show qui a sauté de la grille cette année. Mais on est toujours en contact avec eux et on ne lâche pas l’affaire. On trouvera bien un moyen de diffuser l’émission ailleurs.

Hip-Hop Résistance au complet by Hermosdef
Hip-Hop Résistance au complet by Hermosdef


Slum Village, Mos Def, De La Soul, Black Milk… le calendrier Hip-Hop Resistance depuis septembre 2007 a été plutôt chargé… Par contre, l’année dernière a été plus calme en événements, où étiez-vous passés ?

Fab : On bossait sur un projet de documentaire sur le rap français, pour MTV, ça nous a pris beaucoup de temps, et pas mal de développements à l’international aussi.
Et puis c’était l’occasion pour nous de nous mettre un peu en retrait par rapport à la scène, de faire un point et de regarder la concurrence naissante sur les évènements hip-hop. Avec internet maintenant, n’importe qui peut se sentir l’âme d’un promoteur, chatter avec Madlib et penser qu’il va le faire venir en France. Nous on dit « ok très bien vas-y »… mais après on se faufile discrètement dans le public et on observe comment ça se passe. Parce qu’on sait que c’est galère à organiser. Et cette année, on a rien vu qui nous ait vraiment mis une gifle… Au contraire, il se passe des trucs dans les concerts -retards, galères avec les branchements etc…- que des petites choses qui finalement nous font nous dire « ça, ça peut pas arriver chez nous ! ».

Quels sont vos projets en cours ?

Awer : MTV est venu nous chercher pour bosser sur un documentaire sur le hip-hop en France. C’est une grosse responsabilité… parce que tu sais que des millions de gens vont le voir. Quand tu as beaucoup râlé devant ta télé, et que c’est à toi de produire quelque chose de bien et de représentatif… et bien tu as la pression ! Donc on a été cherché des graffeurs, dj, mc, entrepreneurs représentatifs de la culture hip-hop ici. Le défi c’est d’arriver à parler de Diam’s- parce qu’après tout on ne peut pas nier qu’elle fasse partie du paysage français- mais aussi de ceux qu’on oublie trop souvent : Dee Nasty, Gabin, Aktuel Force etc. Ça été beaucoup de boulot, 10 jours de tournage à coup de 17h par jour…maintenant c’est prêt, tout est dans les mains de MTV. C’était un gros challenge, mais on aime ça, on marche à ça nous, les défis, la compétition saine.
On bosse aussi avec Rawkus, qui a crée le « Rawkus 50 », sorte de top 50 des artistes indé américains qui vont exploser. Ils nous on demandé de faire la même chose avec 10 artistes français. Ce sont donc des artistes qui vont bénéficier de la promo Rawkus à travers le monde et ensuite, pourquoi pas, être signés s’il y a vraiment un gros coup de cœur

Fab : Côté Hip Hop Resistance, on apprend à déléguer, pour pouvoir se concentrer sur tous nos autres projets et faire toujours plus de choses… C’est pour ça qu’on a intégré DJ Kozi dans l’équipe. Si y a quelqu’un qui pouvait venir nous rejoindre sur Hip-Hop Resistance, c’est bien lui, un vrai DJ, rien à voir avec la plupart de ceux qu’on voit en soirée d’habitude et qui font de l’esbroufe. On a confiance, on est sur la même longueur d’ondes, on a les mêmes valeurs c’est la relève quoi !



Par Claire
Publiée le lundi 14 janvier 2008


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