Interview Zap Mama
Marie Daulne raconte 'Supermoon'
Elle est immense et possède un visage de déesse qui repose sur un cou allongé et deux larges épaules... à physique particulier, femme particulière ! Notre rencontre avec la Zap Mama s'est déroulée il y a quelques mois déjà, mais on s'en souvient comme si c'était hier, encore frappés par le charisme de la grande dame de la "World Music". En une interview express, Marie Daulne, plutôt loquace nous explique "Supermoon", laisse entrevoir un bout de sa philosphie et nous gâte en anecdotes... tout simplement authentique.
"Supermoon" est ton sixième album, combien de temps ça t'as pris pour le faire ?
Ca m’a pas pris beaucoup de temps depuis la sortie du dernier en 2004. 1 an d’écriture, 1 an de réalisation et nous voici en 2007.
Pourtant il est plutôt court cet album…
Ben j’avais vingt-trois morceaux, mais c’est une question de business. J’ai un nouveau manager et il ne voulait qu’une dizaine de morceaux. J’aurais voulu en mettre vingt mais il m’a dit « Garde-les pour l’album suivant, puisqu’ils sont prêts !» donc si dans un an on veut, on peut ressortir quelque chose.
Dans quel état d’esprit as-tu fait cet album ?
Je suis passée par beaucoup d’émotions depuis 2004, des émotions très fortes que je n’avais jamais vécues avant, d’une profonde tristesse puisque ma meilleure amie est décédée. La personne avec qui j’échangeais le plus d’émotions et de rires, de pleurs, de créations… elle était mon âme-sœur et comme elle est partie je me sens très orpheline. On dit souvent les amis c’est un peu la famille choisie. Une famille elle est là, elle est imposée, c’est ainsi c’est peut-être un peu négatif mais on a pas toujours des affinités avec sa famille.
Mais il arrive qu’on rencontre quelqu’un avec qui beaucoup d’éléments collent, une amie. Les petits-amis c’est autre chose. Une amie ça pardonne tout c’est différent.
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Tu vois mon amie souffrait d’une grande solitude, une solitude amoureuse, elle avait envie de rencontrer l’âme sœur et elle ne trouvait pas. Elle m’a beaucoup inspirée, donc il y a eu ce sentiment de tristesse profonde où l'on voit tout gris, tout noir… y’a plus de lumière. Et tout d’un coup j’arrive quand même à imaginer une fleur et à la rendre vivante. Il y a eu autre chose aussi, le fait de découvrir une jeune "teenager", ma fille qui a 13 ans. Alors je rencontre une nouvelle jeune fille qui n’est plus un enfant, je vois la petite fille naïve qu’elle était disparaître complètement. Et elle me dit "Maman il y a plein de choses qui se passent dans ma tête que je ne te dis pas ! " et je lui réponds que c’est normal, tous les êtres humains passent par là et que j’espère rester son amie… Il faudra peut-être qu’elle fasse son chemin et qu’on se retrouve quand elle sera femme. Donc cette expérience m’a inspirée, "Supermoon"… ne pas envie d’être une superstar mais plutôt d’être soi même, les adolescents rencontrent souvent des problèmes avec ça. La reconnaissance on en a tous besoin et c’est pas parce que tu es reconnue par les médias que tu vas être connue. Il y a tout un tas de codes entre les jeunes, sur le mode vestimentaire…et chez les adultes aussi « il a réussi, il a une voiture comme ça »… On tombe tous dedans. Si tu aimes le rouge et que le bleu est à la mode, il ne faut pas changer, tu restes rouge, c'est toi, c'est ce que tu es.
Peux-tu nous parler des invités sur l’album ?
Tony Allen c’est un choix, ça c’est clair. Me’Shell N'degeocello c’était les circonstances, tout comme Michael Franti. Arno les circonstances et aussi un choix, je lui ai demandé s’il voulait venir chanter sur l’album, il a accepté… Passer d’Erykah Badu à Arno, c’est sûr que c’est pas le même public ! (rires) Mais ils ont un point commun, c’est de vivre pleinement leur couleur favorite, c’est précisément pour ça que ce sont des artistes à long terme ! C’est la clé du bonheur, beaucoup de personnes se plaignent de ne pas être heureux mais comment l’être quand on suit le système au lieu de prendre la liberté de connaître sa couleur et de s’y attacher. C’est difficile mais ça s’apprend. La chanson que j’ai faite avec Arno "Toma Taboo" dit qu’il faut balancer son ying et son yang, son masculin et son féminin… alors il faut s’entourer de personnes qui rient, ou écouter des artistes qui apportent le bonheur… c’est un peu pour ça que les artistes sont là, dans tous les domaines. Et surtout faut pas se contenter d’argent ! On peut s’amuser sans argent c’est ce que j’explique à ma fille…
Sur ton dernier album "Ancestry in Progress", tu as travaillé avec le gratin de la scène hip hop soul américaine, Erykah Badu, Talib Kweli, Common, Questlove… Tu comptes retravailler avec eux ?
C’est à dire que j’ai mon public aux Etats-Unis, j’ai mes médias qui parlent de moi. Et ils ont entendu ! Ma collaboration avec Erykah s’est développée lors d’une scène, elle m’a présentée en plein milieu d’un de ses shows, elle a tout arrêté et elle a dit à son public « Découvrez cette artiste-là » avec son accent bien américain « Yeah ‘right, i let ya discova… » (rires) Et là je commence à chanter… Elle m’a mis dans son top sur Myspace, « Zap Mama ci, Zap Mama ça… » et à partir de là j’ai commencé à entrer en contact avec une toute nouvelle catégorie de personnes, et je leur annonce qu’en Europe il y a un monde afro-européen et c’est ce que je veux qu’il découvre. J’avais pas non plus envie qu’on me catégorise dans une culture trop précise, pour moi l’ouverture des cultures est importante. Dans le monde on a tous des pensées différentes, mais on peut s’entendre avec quelqu’un qui habite à l’autre bout du globe et qui nous correspond parfaitement. Il faut s’ouvrir culturellement. Moi j’ai passé une semaine dans le désert du Mali à croire que je m’ennuyais mais j’ai appris ce qu’était une seconde, une minute, j’ai appris la patience. Mais des fois c’est pas la peine d’aller si loin, tu descends en bas de chez toi y’a des Marocains, des Maliens et ils te parlent de chez eux et là tu voyages aussi….
J’ai répondu à ta question ? Je me suis embarquée dans mon délire là... (rires)
Si si, justement tu parles de voyage, de partage... On qualifie ta musique de World Music… C’est un terme qui à tendance à être un peu fourre-tout, qu’en penses-tu ?
C’est la manière dont les médias en parlent, l’exportent… World Music c’est quoi au final ? Musique du monde… Mais il y a toute cette image d’ « humanitaire » derrière… Quant on parle de World Music, on voit inconsciemment l’Afrique et ses petits enfants tout maigres avec des ventres gonflés, la Croix rouge… enfin des images fausses. Il faut casser cette idée qui est véhiculée depuis trop longtemps. Par contre si la World Music c’est une musique qui est censée toucher le monde dans son ensemble alors là oui je fais de la World Music et il n’y a pas de problème !
Comptes-tu revenir à Paris bientôt mais cette fois-ci pour te produire ?
Oui bien sûr, mais j'ai toujours eu l'impression que les Parisiens, les Francais en général n'étaient pas très fans de concerts...
C'est à dire que ça dépend dans quel cadre ça se déroule... Il y a pas mal de festivals de jazz qui proposent de beaux plateaux... Dernièrement on a reçu Al Jarreau, Steve Coleman, Herbie Hancock...
Tiens c'est marrant que tu me parles d'Herbie Hancock, c'est une personne qu'il faut que je revois. Je l'ai rencontré à Paris, au début de ma carrière et je voulais absolument le questionner sur un de ses morceaux dans lequel il avait utilisé un son typiquement pygmé. Alors un jour je le croise, je l'attrape et lui demande où il a eu ce son, parce qu'il faut rendre à l'Afrique ce qui est à l'Afrique, je ne voulais qu'il aille raconter qu'il était à l'origine de ce son. Il me répond que c'est l'un de ses musiciens originaire d'Afrique qui avait introduit ça dans le morceau, et bon un peu surpris que j'ai remarqué ce détail, il m'invite quelques jours après dans son hôtel de luxe. Alors moi comme j'étais jeune, je me suis dit "qu'est-ce qu'il me veut cet homme âgé ? Qu'est-ce qu'il croit?" donc j'arrive à l'hôtel, je frappe à la porte accompagnée des cinq autres Zap Mamas ! (rires) Ah il était étonné ! Et on commence à discuter tous là, et dans la chambre, on crée un cercle autour de lui et on lui refait les sons pygmés que j'avais appris aux autres filles, on lui a fait un truc magnifique, un son "dolby surround" ! Une expérience unique, il faut que je le revois pour boucler la boucle et terminer l'histoire !
Absolument ! On attend la suite ! Merci pour ton temps !
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