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José James

Le rêveur


José James, jeune chanteur de Jazz, basé à New York, découvert par Gilles Peterson, est à l'origine du magnifique The Dreamer, un hommage au révérend Martin Luther King. Nous l'avions découvert sur myspace l'année dernière. Quelques mois plus tard, il se produisait gratuitement à la Flèche d'Or, un délice. Une formation Jazz pleine d'énergie, une simplicité et une joie d'être sur scène impressionnante le caractérisent. J’ai décidé de le revoir à New York quelques mois après ce show. Accompagné de son batteur, Steve Lyman, José me donne rendez-vous à Union Square. Nous marchons en parlant de Jazz à la recherche d'un café pour commencer l'interview. Aucun café n'est disponible, toutes les places sont prises. Nous continuons de marcher. Après quinze minutes, nous décidons de nous arrêter dans un petit restaurant mexicain à défaut de trouver mieux. Nous commandons de quoi boire et manger. Et José commence à raconter sa rencontre avec le Jazz.


La découverte de sa vie

José découvre le jazz à 14 ans en écoutant la radio, lorsqu'il entend Take the A train de Duke Ellington, Je n'avais jamais écouté de big band avant ça. Tout ce que je connaissais du jazz était très confus. Je ne comprenais pas vraiment. Et puis j'ai entendu cet intense morceau. J'étais vraiment content. C'était si différent du Hip Hop des années 90 auquel j'étais habitué. J'ai vraiment aimé ce morceau de Duke Ellington, ça m'a rendu heureux. Suite à cette première expérience, José décide d'acheter les albums de Duke Ellington, Charlie Parker, Billie Holiday, qu'il écoute en boucle tout un été. Puis vient la spiritualité de John Coltrane, sa plus grande influence et inspiration. C'est grâce à lui que José James commence à chanter du jazz, Quand j'ai écouté Equinox, j'étais comme passionné par ce son. Et j'ai essayé de trouver des chanteurs capables de chanter sur ses morceaux, une sorte de complément, comme Lester Young, Billie Holiday, Charlie Parker. Mais quand j'écoutais John Coltrane, je ne trouvais aucun chanteur pouvant égaler sa musique. Il y avait Betty Carter mais elle n'était pas assez avant-gardiste. J'ai senti qu'il manquait quelque chose.

J'ai donc commencé à écrire sur cette musique. C'était juste pour m'amuser. Mais j'ai montré ça aux gens et ils étaient très impressionnés. J'ai donc entrepris de chanter réellement à 17 ans tout en prenant ça de plus en plus au sérieux. J'ai fait Equinox, Mingus, des morceaux comme ça et aussi Blackeyesusan, Summertime.

Ses influences

Rien de plus étonnant que d'aimer le Hip Hop lorsqu'on est un adolescent grandissant aux USA dans les années 90. José James s'est essayé au rap, mais n'a pas continué longtemps. Lorsque j'étais au lycée j'ai pensé à rapper. J'idolâtrais Butterfly de Digable Planets. A l’époque, j’étais fan de A Tribe Called Quest. En fait, j'avais vraiment envie de devenir MC, mais je ne pensais pas avoir cette voix singulière. Parce que ça n'a rien à voir avec le chant. Et tous les rappeurs que j'aime, comme Andre 3000, Snoop, Biggie, 2pac ou encore Q-Tip, ont cette voix que tu aimes entendre. J'ai essayé quelques trucs, mais je n'aimais pas ma voix. Avant, c'était très important d'avoir une voix singulière, maintenant tout le monde peut rapper, ça n'a pas d'importance d'avoir une voix cool ou non. Donc j'ai décidé que je pouvais écrire mais que je n'avais pas la bonne voix, je pouvais rapper, mais je n'avais pas cette voix cool. Donc j'ai laissé tomber. Ma voix a changé, j'ai cette voix grave, donc j'ai essayé le jazz à la place.
Les temps ont changé, Butterfly n'est plus son idole, c'est John Coltrane, artiste qu'il écoute pour trouver l'inspiration. Ce que j'aime à propos de lui c'est qu'il a été capable de changer si dramatiquement sa carrière. Il a vraiment fait le changement, même s'il perdait une part de son audience. J'admire ce courage, plus particulièrement dans les années 60. Etre un artiste noir à cette époque. Il aurait pu jouer « My Favorite Things » jusqu'à la fin de sa vie, et être millionnaire, il était populaire. Il avait l'un des plus grands groupes de jazz au monde, et il a tout laissé tomber pour le changement. Billie Holiday est aussi une idole pour José James. Elle a son phrasé, son style. J'ai pris beaucoup d'elle. Et si tu enlèves les instrumentaux de mes morceaux et ne prend que ma voix, tu entendras beaucoup de Billie Holiday.Dans la façon dont je phrase, et je suis aussi toujours derrière le beat. Elle était l'une des plus importantes chanteuses de jazz à vraiment apprendre des musiciens de horn comme Lester Young. Mais il n'en oublie pas la soul pour autant, il apprécie beaucoup Marvin Gaye. Il est si passionné, et j'adore son honnêteté, tu crois ce qu'il chante. Il a cette très douce voix avec beaucoup de peine dedans.
Je suis vraiment attiré par les choses qui semblent réelles, un peu dures car je suis comme ça aussi.


The Dreamer

Janvier 2008, José James sort ce premier album jazz. Pour mon premier album je voulais faire un projet classique. En effet, j'ai l'impression que les gens aiment les albums pendant quelques mois et après ne les écoutent plus. Et c'est triste, parce que même les artistes que j'adore, comme Mos Def, Erykah Badu, ou encore Andre 3000, je ne peux pas vraiment m'imaginer écouter leurs albums un an après. Et je pense qu'ils sont les meilleurs. Donc je voulais faire quelque chose d'universel et classique. Et le jazz a cette qualité.
Tout a commencé en 2006, lors d'une compétition de Jazz à Londres. Deux semaines avant ce concours, José James décide de faire une maquette. Il appelle Luke Damash, batteur, Alexi David, bassiste, Nori Ochiai, pianiste et Omar Abdukarim, trompettiste, pour une session. On est arrivé à Londres ensemble pour faire The Dreamer, Equinox, Central Park West et deux autres sons. C'est comme ça que la première session est arrivée. Et Gilles Peterson a entendu la maquette et m'a contacté pour faire un album . Gilles Peterson met alors The Dreamer dans la compilation Brownswood Bubllers One. José James avait d'abord prévu de faire un projet "John Coltrane". N'ayant pas eu les droits, il commence alors à écrire ses propres musiques et repart en studio pour enregistrer de nouveaux morceaux. Un nouveau batteur remplace Luke Damash, Steve Lyman – qui l'accompagne sur scène. « Ça a changé la sonorité, c'était différent, très strict, plus contemporain ». C'est lors de cette session qu'ils font Spirit Up Above, Park Bench People, The Desire, Red. Toute la sonorité du groupe a changé avec Steve. Donc j'ai commencé à écrire des nouveaux morceaux, ce qui l'a aidé à évoluer en tant que parolier. C'est comme ça qu'est arrivé The Winter, Desire, Red, tout ça est arrivé dans les dernières sessions. Ça a commencé à devenir ma propre voix. Ça nous a pris un an et demi pour enregistrer l'album.

Le Jazz aujourd'hui

Il est difficile de penser que José James n'a que 28 ans. Il a cette voix grave et mature d'un homme de 50 ans.
Il est l'un des rares de sa génération à pouvoir prétendre être vocaliste Jazz, mais il n'est pas facile pour un jeune homme de son âge de se faire respecter par la communauté Jazz. Je ne peux pas vraiment te citer un nom d'un chanteur jazz de mon âge, j'ai cherché. Il n'y a de toute façon que très peu de vocalistes jazz masculins. Il n'y a pas vraiment eu beaucoup de chanteurs jazz. Et je pense de plus en plus que la perception du jazz se cristallise autour de 1958, beaucoup de Be-Bop quintet pour les instrumentaux. Pour les vocalistes, ça s'est cristallisé autour du style de Ella Fitzgerald. Je respect toute cette musique, mais je ne pense pas que c'est nécessaire de suivre ça. Donc je pense que c'est un challenge, parce que beaucoup de gens me demandent pourquoi je chante du jazz et où sont les jeunes chanteurs de jazz. Et je pense que la raison, c'est l'argent et que c'est dur d'être un chanteur de jazz et surtout de gagner le respect de la part de la communauté. Il y a beaucoup de gens qui n'aiment pas ce que je fais dans la communauté jazz. Et ça peut être dur, parce que c'est un petit milieu et tu as envie que les gens respectent ton travail. C'est le challenge. Et les vocalistes de jazz ne sont pas pris au sérieux s'ils ont moins de 35-40 ans. Je pense que le challenge est : comment chantes-tu du jazz aujourd'hui ? On essaie tous de trouver. Je pense que le problème est : comment trouver un moyen de garder l'esprit du jazz assez fort tout en utilisant un langage contemporain. Parce que les artistes de jazz plus âgés ne pensent pas vraiment que le Hip hop ou le rap ou l'électro sont réellement de la musique. Et ils ne respectent pas ça. Mais pour des gens comme moi ou Robert Glasper, des gens plus jeunes, dans les 30-40 ans, on a grandi avec le hip hop. Je pense que Flying Lotus – avec qui il a fait un morceau, et avec qui il va collaborer encore – fait de la musique électronique qui dans un certain sens a la spiritualité du jazz. Mais je pense que le hip-hop est cool mais n'a pas pas la même interaction que tu as avec le jazz. Donc il est difficile de faire changer, c'est très compliqué.
José James fait du jazz pour la génération appartenant au Hip Hop. Les gens venant du hip hop n'ont pas de problème à écouter un son avec deux cordes, si c'est intéressant. Contrairement aux personnes jazz, habituées au Be-Bop, ils sont là genre « Et alors, rien ne se passe? , Ce n'est pas assez complexe pour eux.».
Le changement, José James l'a en quelque sorte déjà accompli, il ne reste plus qu'à partager et faire découvrir au plus grand nombre ce talent rare.

He has the voice, poise, charisma, and stage presence. All the ingredients… making him the most exciting singer I’ve heard in a long time” Junior Mance.



Par Marie Schockweiller
Publiée le mardi 20 mai 2008


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