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Vive les vacances !
Par Lysiane "Syleina" Ngoye
Un mec simple, c’est la première impression qu’on a souvent en le voyant arriver. Souriant, les mains dans les poches, il arrive comme pour braver le silence. La parole qui sonne comme un métronome, il vient nous dire qui il est, raconter un peu le chemin qu’il a fait jusqu’ici. Qui aurait cru que derrière cet air de grand gamin rêveur, se cache en réalité un homme qui a les pieds sur terre… Et la langue bien pendue !
Parce-que l’oralité se partage autour d’une scène autour d’une table. Et qu’à douze ans j’avais déjà quelques quatrains dans mon cartable
Rouda, c’est son nom de scène, ça signifie petit bout de bois en arabe palestinien phonétique. Il commence sa carrière de poète-rappeur-slameur à 15 ans, lorsqu’il découvre le rap avec l’album Authentik d’NTM. A cette époque, on est bien loin du premier disque. Son rap est clandestin, confidentiel, les textes qu’il écrit ne dépassent pas les frontières de sa chambre. Mais il n’y a pas que le hip-hop qui plaît à Rouda et lorsqu’on lui demande quel auteur ou poète il aime, c’est sans hésitation qu’il répond « Jean Genet ».
Parce-que l’histoire commence sur le boulevard Ménilmontant
Plus tard, il parcourt le monde : Palestine, Guinée, Mali, Ethiopie, Mauritanie, Sénégal sont de ces pays où il est allé monter des projets de développement dans le cadre de son travail. A cette époque, l’écriture est déjà une passion. C’est en 2000, qu’il découvre le slam aux Lucioles, un petit bistrot de Ménilmontant. C’est là-bas qu’aura lieu son coup de foudre, amical et artistique, pour Lyor et Neobled avec il monte le Collectif 129H, l’un des premiers collectifs slam français, avec lequel il anime des soirées slam et des ateliers.
Je m’en fous des qu’en dira-t-on ou ce que diront les racontars. Mon son prendra des rides et grandira avant qu’il soit trop tard
Dès lors, plus rien ne l’arrête, seul ou en groupe, il va de projet en projet, développant la culture slam, née aux Etats-Unis dans les années 90. Partout où il passe, il participe à de nombreux projets : publication de poèmes, participations à des compilations et festivals, duo avec Grand Corps Malade.
En 2005, il est invité à Bamako pour y animer un atelier d’écriture. C’est là-bas qu’il redécouvre la notion d’oralité. Il garde encore en mémoire cette parole spontanée, cette écoute… Riche de ses voyages et de ses expériences, Rouda n’est pas qu’un artiste accompli, il est aussi de ceux qui transmettent leur savoir. Il anime régulièrement des ateliers slam pour des associations. Avec le collectif 129H, il fait découvrir l’amour des mots depuis presque huit ans, à ceux, jeunes et moins jeunes, qui souhaitent découvrir l’art de l’écriture et de la parole.
Je fabriquerai en secret des poèmes clandestins. J’écrirais juste pour écrire même pas pour un grand destin
Aujourd’hui, alors qu’il vient à sortir son premier album « Musique des Lettres » il y a déjà quelques mois, Rouda garde les pieds sur terre. Et si, par les temps qui courent, sortir un album et être entendu est une chance pour un artiste, si vivre de sa passion est, comme il le dit, un luxe, il n’en est pas moins motivé à évoluer encore. Pour lui, cet album « n’est pas une fin en soi, c’est une étape vers autre chose ».
Je parle votre langue vous la trouvez parfois sauvage. Pourtant elle vous ressemble il se pourrait qu’elle nous rassemble. Car nos langues se partagent il s’agit juste d’apprentissage. Elles prendraient tout leur sens si on les parlait tous ensemble
Pour cerner le personnage, rien de mieux que d’aller demander à ses amis, son public, ceux qui l’ont vu mille et une fois sur scène, ceux qui ont découvert son album par hasard, ce qu’ils pensent de lui, de son travail, de ses mots. Beaucoup en ont l’image d’un maître des mots et du rythme. Son écriture est intelligente mais pas seulement, au sens et au fond s’ajoute la forme, le style, le flow ; Voila ce qu’en disent certains de ceux qui ont écouté son album ou qui l’ont vu sur scène. Pour Rouda, et ses compagnons du Collectif 129H, les contraintes d’écritures sont l’une des clés. Tu les travailles, et plus tu te lances dans l’écriture avec des contraintes, plus tu peux ensuite les dépasser et trouver ton propre style. Allez savoir si c’est là la seule raison, le seul détail qui pousse le public à apprécier cet artiste.
J’ai voulu savoir ce qu’était le slam en dehors de Grand Corps Malade, j’ai découvert un artiste comme il en existe peu, troublant et rassurant, honnête et rêveur.
C’est son côté humain qui attire, qui incite à tendre l’oreille pour savoir ce qu’il a à dire.
La plupart des slameurs racontent leur vie dans leurs textes, parlent de leur joies et de leurs peines, lui a trouvé le ton juste. Rien n’est trop sublimé ou trop pathétique.
Les éloges ne manquent pas à son sujet, même ses détracteurs lui trouvent des qualités. Je n’accroche pas avec ce qu’il fait, mais qu’on aime ou pas il faut reconnaître son talent pour dompter les mots et le rythme qui les accompagne.
Rouda ajoute au slam sa touche personnelle, sa marque de fabrique. Il ne choisit pas entre poète, rappeur et slameur il est les trois. Il ne choisit pas entre le fond et la forme, il mêle les deux. Il n’a pas un costume pour la scène, un autre pour la ville, il n’en a qu’un, le sien. Honnête, entier, c’est ce « mec simple » qui plait au public. Celui qui raconte ses histoires à son public comme on les raconterait à ses potes.
« Mes textes mis bout à bout sont tout à vous ils coulent en goutte à goutte. Et tous avouent avoir un grand besoin d’écoute… »
Par Léa Cerveau
Publiée le samedi 24 mai 2008
