Photos prises par Hermosdef lors du concert que Patrice a donné à la Maroquinerie le 30 mai 2008
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Zou, il est temps de tourner les projecteurs ! Plutôt fixés sur Ayo depuis quelques temps, ils avaient laissé à son compagnon (ce n’est plus un secret pour personne désormais, y compris pour nos pauvres âmes désespérées) Patrice le temps de préparer un nouvel album, et visiblement de faire un peu de ménage dans sa vie. Il revient sur le devant de la scène avec « Free-patriation » un titre énigmatique, qui en dit long sur lui, ses envies, sa vie, sa musique. Discussion, explications, méditations…
On te connaît depuis longtemps… mais finalement on ne sait pas trop comment tu as commencé. Peux-tu revenir sur tes débuts ?
J’ai commencé la musique professionnellement quand j’avais 15 ans. J’ai rencontré mon premier producteur à cette époque, je lui ai laissé une démo de « You Always You », que j’avais écrite peu de temps avant. Il m’a rappelé et demandé si j’avais d’autres chansons dans ce style. Et bien sûr, j’en avais plein ! On s’est retrouvés en studio et on les a toutes enregistrées en acoustique, à peu près 25 ou 30 titres. Aujourd’hui je sais que je ne pourrais jamais mieux chanter certaines de ces chansons que je ne l’ai fait lors de cette session.
by Hermosdef
D’un point de vue de l’énergie je veux dire, même si du simple point de vue technique ce serait surement mieux. Mais à l’époque j’avais la fraîcheur et l’innocence des débuts. D’ailleurs pas mal des chansons qui sont sorties vers mes 18 ans sont directement tirées de cette session là. Aujourd’hui évidemment ce n’est plus pareil, mais je cherche toujours à retrouver cette innocence, en vivant selon mes propres règles, en travaillant à toujours être fort mais humble.
Pour ton nouvel album, tu as travaillé avec un producteur américain, Comissioner Gordon. Qu’a-t-il apporté à ta musique et quelle type de relation entretiens-tu avec lui ?
Il ne ressemble pas au producteur américain moyen, c’est quelqu’un qui fonctionne au coup de cœur, qui est entier. C’est l’une des raisons pour lesquelles il n’a pas fait grand chose depuis l’album de Lauryn Hill, à part celui de Leela James bien sûr. C’est quelqu’un avec qui j’ai beaucoup discuté, et ces conversations ont nourri mon album. J’ai une grande confiance en lui. Souvent quand je prépare un album, j’aime bien laisser des choses pour la dernière minute, ne pas trop préparer justement. Je veux garder une sorte de fraîcheur pour le moment où j’enregistre, laisser le droit au hasard et à l’inspiration d’apporter la touche finale. Et avec Comissioner Gordon, je sais que je peux faire ça ! Il a beaucoup d’expérience. Et c’est lui qui m’a appris la discipline du groove. Tu vois, le groove contrairement à ce que l’on croit c’est de la discipline et de la répétition. James Brown par exemple, c’était ça. Il répète la même boucle encore et encore, et de la naît cette vibe si spéciale. D’ailleurs il virait sans hésiter le musicien qui faisait la moindre erreur, direct. Le groove ne peut venir qu’avec une forme de maturité, c’est l’art, dans un morceau, de savoir attendre le bon moment quand tu as envie de tout lâcher et d’en faire trop.
Est-ce que c’est lui qui a apporté la touche hip-hop que l’on ressent sur ce nouvel album ?
by Hermosdef
Oui il y est peut-être pour quelque chose, c’est sûr, mais le hip-hop fait partie des musiques avec lesquelles j’ai grandi donc ce n’est pas nouveau pour moi. Mais sur cet album il y a aussi beaucoup de reggae je trouve. D’ailleurs Comissioner Gordon a bossé avec Damian Marley, Lauryn Hill, avec qui justement il a pratiqué le mélange entre les influences hip-hop et le reggae. Cela dit, personnellement je trouve que sur mon album il y a plus d’influences africaines qu’avant, et plus de folk aussi, c’est ça qui change des précédents.
Est-ce qu’il ya certaines chansons de cet album qui ont une histoire particulière ?
Elles ont toutes une histoire ! Mais si tu prends Clouds par exemple… Au moment où je l’ai enregistrée, Georges Michael était en Allemagne. J’ai invité ses musiciens pour une session dans mon studio. Ils sont arrivé bourrés… mais on a fait une super session, l’ambiance et l’énergie était incroyables. C’est cette chanson qui m’a donné la tonalité de l’album. Je les ai réinvités plus tard…mais cette fois-ci ils étaient sobres et ce n’était pas pareil !
Il y a également la chanson en duo avec Ayo, « Same Old Story ». C’est loin d’être la première fois qu’on chante ensemble, mais c’est le premier titre qu’on sort réellement ensemble. Je n’avais pas envie que ce soit une chanson d’amour, mais plutôt quelque chose du style « tous les deux contre le monde entier ! ». On l’a enregistrée à 4h du matin, à la maison. Elle était fatiguée et malade, sa voix était complètement cassée. Elle aurait envoyé balader n’importe qui d’autres qui aurait voulu l’enregistrer à ce moment là, mais avec moi c’est passé.
by Hermosdef
Et le résultat est génial, je suis content de pouvoir révéler un aspect d’elle que les gens ne connaissent pas, et c’est la cas avec cette chanson où sa voix est très particulière.
Peux-tu nous éclairer sur le titre de cet album, « Free-patriation » ?
C’est basé sur le mot « repatriation », qui désigne le mouvement de libération des esclaves et leur retour en terre africaine. Je trouvais que c’était une jolie parabole de ce vers quoi je tends en ce moment. Récemment, j’ai fait une sorte de ménage dans ma vie, j’ai tenté de me créer un espace de liberté. En créant mon propre studio chez moi par exemple, en me séparant des personnes qui avaient une mauvaises influence sur ma musique et sur ma vie, et en me ménageant du temps pour faire les choses que font les gens ordinaires, comme accompagner mon fils au parc ou regarder des dessins animés ! Et puis j’ai changé « repatriation » en « free patriation » parce que ce n’est pas un retour en arrière, je reste ce que je suis mais je fais le vide autour de moi pour ne garder que les choses et les gens qui me font avancer. J’avais un grand besoin de faire ça, parce que ma musique se nourrit de ma vie personnelle donc si je ne fais rien d’autre que des tournées et de la promo… et bien rien de neuf ne sortira de ce que je joue !
Et puis, j’aime bien ce titre parce qu’il est en mouvement, il y a plein d’interprétations possibles et… il contient pratiquement mon nom!
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