Après trois ans d’absence, Gage nous revient avec un nouvel album Changer le monde, qui sort le 30 juin. Il nous y présente son univers soul, ses compositions, sa vie, sa musique. Un retour aux origines de la musique black, un retour à lui-même plus mature et plus puissant. Rencontre avec l’artiste qui nous parle ce deuxième premier album.
C’est ton grand retour après trois ans d’absence. Que s’est-il passé durant tout ce temps ?
Ca a été une période de remise en question, de dépression et de frustration artistique. Il s’est passé beaucoup de choses. Je voulais revenir mais pas pour refaire un Soul Rebel 2. Pour cela, il fallait que je trouve une nouvelle équipe, puisque je ne travaillais plus avec l’ancienne, de nouveaux sons, de nouveaux textes… Mes fans ont grandi et la musique a évolué, la preuve avec la tecktonik. J’étais dans un dilemme : Refaire la même chose ou me spécialiser dans quelque chose d’autre. Cette pause a été nécessaire. Je me suis cherché, j’ai dû faire confiance à mon équipe et à d’autres musiciens. Et puis la maison de disque (Wagram music) m’a fait confiance aussi. J’ai fait plein de maquettes qui au final ne me ressemblaient pas. Je voulais toucher et en même temps rester moi-même. A un moment j’ai eu une prise de conscience. C’est en écoutant Amy Winehouse qui a fait revenir aux goûts du jour les sons des sixties et seventies que je me suis dit : « Voilà ce qui est bien pour toi ! » les productions Marc Ronson (producteur d’Amy Winehouse) m’ont fait cliquer. J’ai enregistré et là ça m’a plu.
Comment appréhendes-tu ton retour dans les bacs puis sur scène?
Là, c’est un mélange de nervosité et d’excitation. Je ne sais pas à quoi m’attendre, mais j’ai hâte de revoir les gens. J’aime le contact avec le public. Je veux revenir aux émotions, aux rythmes d’avant.
On peut dire que c’est un nouveau premier album là ?
Oui, c’est ça. Un nouveau début, un nouveau cap. Là, je suis en harmonie avec moi-même. Avec Soul Rebel, je découvrais ma force, (rires) ma voix. Avec cet album, je me suis plus laisser aller, j’ai été plus audacieux. Disons que je suis encore un rebelle mais plus mature. J’ai juste envie de faire vibrer et de défendre la Soul et ses pionniers. La Soul s’inspire de tout ce qui touche, c’est du vrai.
Présente nous Changer le monde. Pourquoi ce titre d’abord ?
Avec cet album, je souhaite inspirer le changement, ouvrir les esprits. On m’a connu avec Soul Rebel qui parlait d’amour, d’ailleurs à cette époque, on m’a souvent considéré comme un chanteur pour filles : un « lover ». Aujourd’hui j’ai envie de défendre d’autres choses. Je viens d’Haïti, un pays qui connaît des problèmes de pauvreté, j’ai aussi envie de parler de la Terre et de ce qu’on lui fait subir. On trouve encore de l’amour dans Changer le monde mais plus sérieux comme dans mon morceau avec Vitaa. On parle de rester en couple et plus de simples flirts comme dans T’es trop fresh.
Pourquoi ce retour à la Soul ?
J’ai grandi avec Marvin Gaye, Stevie Wonder, Donny Hathaway : ces gens là crachaient beaucoup de choses. C’était l’actualité. Le vécu amène la Soul. J’avais besoin d’exorciser certaines blessures qui n’ont jamais cicatrisé, d’en parler. Par moment, c’est bons de ne pas faire la paix avec ses douleurs ; ça inspire. Par exemple, dans T’étais où, je parle de mon père, j’en ai déjà parlé dans le premier album, mais pas de la même manière. Là, j’ai réussi à mettre des mots sur une souffrance et ça allait bien avec l’ambiance soul.
Tu parlais de ton duo avec Vitaa, justement comment s’est faite la rencontre ?
Je l’ai rencontrée à un concert de Laurette Fugain. Ce qui est bien, c’est que ce n’est pas une chanteuse diva. Elle est venue me voir pour me dire qu’elle aimait bien ce que je faisais. Lorsqu’elle est venue au Québec pour tourner un clip avec l’équipe avec laquelle je tourne habituellement, elle a voulu écouter une maquette et m’a demandé si elle pouvait m’écrire un truc. On a posé nos deux voix ensemble et j’ai trouvé que nos deux timbres collaient bien alors on a fait ce duo. Il y a vraiment eu un bon feeling.
Dans la chanson Mon frère, on décèle clairement que tu parles de ta relation avec Corneille. N’as-tu pas peur qu’on ne te parle plus de ça que de ton album ?
Je sais que dans tous les cas, on va m’en parler donc j’anticipe. Avec Corneille, on s’est perdu de vue. J’en parle dans ce titre parce que c’est la première fois que je perds une si longue amitié et que je veux être honnête avec mes fans. Je ne lui en veux pas : il est marié, il a sa vie, et puis il ne faut pas oublier que c’est lui qui m’a donné ma première chance en écrivant mon premier album. Petit à petit je me rends compte aussi qu’il était nécessaire de séparer le truc et d’aller chacun dans sa voie… comme je le dis dans la chanson « on se reverra et je ne l’oublie pas ».
Prêt pour le Bataclan le 9 octobre ?
Oui. Il reste beaucoup de travail à faire mais j’ai hâte. J’ai mes premiers bons souvenirs là-bas. C’est là que j’ai eu mon premier disque de platine. Ce n’est pas une grande salle mais elle est intimiste, c’est agréable. Et puis j’aime le public français parce qu’il est réactif et possède une plus grande ouverture d’esprit qu’au Québec. Par exemple, là-bas on n’a pas de site comme Onlygroove.
Sur scène, en France, je me sens comme Marvin Gaye.
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