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J’aurais quand même dû commencer par le commencement. New York est auréolée de contes et légendes urbaines, fait rêver la moitié de la Terre et à vu grandir des artistes mythiques. Mais as-tu une idée de sa géographie. Quand je te dis Harlem, tu sais que c’est à Manhattan ? Et que pour quitter l’île de Manhattan, tu dois passer sur un pont ? Direction le Bronx, le Queens, Brooklyn ou Staten Island. Ok, jusqu’ici tu me suis, mais ça reste quand même gigantesque et chaque partie de la ville a son propre caractère. Décryptage de l’envoûtant Brooklyn, mais avant ça, du concert de son plus fidèle enfant, Mos Def…
Imagine…
On est au théâtre Carnegie Hall à New York, l’une des salles les plus connues aux Etats-Unis. 6 étages de balcons, 2800 sièges, colonnes, gravures, rideaux, scène immense. Les plus grands musiciens classiques et jazz s’y sont produits. Et aujourd’hui Mos Def. Je pense que c’est clairement l’événement de ma semaine. Ce concert est historique, pour plusieurs raisons. Déjà, imagine-toi aller voir un concert de Mos assis dans un siège en velours. Inhabituel non ? Sur la scène, je compte une vingtaine de chaises pour les musiciens. Waou, 20 musiciens ?
Ensuite son guest de la soirée est Gil Scott Heron… Légendaire (Non, rien à voir avec Jill Scott…si tu connais pas, google le, et accroche-toi !). Le public : ultra éclectique : de tout, de 18 à 88 ans, (y’avait même mon médecin de Boulgne !). Le spectacle: super touchant. Un show soul food. Nourrissant, profond, où il est question de musique avant tout. Pas de Mos Def, de musique… mais il en est le chef d’orchestre. Il s’y produit dans le cadre d’un festival de Jazz. Le concert est sold out (of course). La salle se remplie, il est 20 heures. Lumière.
8 cuivres, 8 cordes, 1 piano à queue, 1 batterie, 2 basses, 1 mic, 1 artiste en short à rayures, casquette de marin. C’est Mos. «BROOKKLLYYNNN» et la foule (moi y compris, depuis que je vis à Brooklyn !) crie… Le show, qui commence à l’heure, (chose assez rare pour le souligner) a duré 3 heures, mais 3 heures mémorables. On a vu Mos dans tous ses états, chantant rappant, pleurant, en solo en duo. Il ouvre sur quoi ? Le truc que tu n’aurais jamais imaginé, et c’est pas comme s’il était en galère de chanson pour aller pecho celles des autres… Et bien si, il ouvre avec Bell Biv Devoe, "that girl is poiiiisooooon". Mais il fait durer la chanson, genre 8 minutes… Ce qui est magique dans ces situations, c’est le band. On était prévenu sur l’affiche, c’est Mos Def et son Big Band. 5e fois qu’ils se produisent collectivement. Mais ça a tellement de coffre ! Violons, contrebasses, trompettes, batterie, basse…le tout ensemble c’est…puissant ! Il chante et rappe des nouvelles compositions, reprend Sweet Dreams de Eurythmics, fait un big up à Jay Electronica, une déclaration d’amour à Obama, un hommage à Fela Kuti, puis, standing ovation, Gil Scott Heron rentre sur scène. Ils se serrent dans les bras et Mos doit reprendre ses émotions, qui, a priori, lui ont causé une légère irrigation des yeux... Un temps de silence, puis ils chantent. La quintessence du frisson et du poil hérissé sur les bras a été sur A song for Bobby Smith. Mémorable.
L’orchestre derrière ne faisait que renforcer la puissance de la chanson. On est officiellement tous chamboulés. Pas un son, personne de bouge. Ils ont capté l’attention de 2800 personnes, ils ont nourri l’âme (oui, on parle de soul food là les amis) de 2800 personnes, ils ont fait vibrer les cœurs de 2800 personnes. Mos conclue la donne avec Umi Says, affichant sur les 3 grands écrans derrière lui le portrait de Barack Obama. Standing ovation, à nouveau. Il y avait, à priori des démocrates dans la salle ! Je suis aux anges. Je sors de là repus, un concert à New York a une autre intensité qu’un concert à Paris. Il a joué chez lui et avec Gil, ils ont chanté New York City. Indéniablement immanquable. Agréablement remarquable.
Brooklyn, point d’interrogation.
A en croire les cris du public de Mos, et l’engouement qu’il y a pour ce coin, Brooklyn a sans aucun doute la réputation d’être "THE place to be" in NYC quand tu es un mi-mi-minimum sensible à la culture urbaine. Artistes en tout genre y vivent et ne déménageraient pour rien au monde : Keziah Jones, Spike Lee, Erykah Badu…. Un petit microcosme de talent urbain y cohabite et nombreux sont ceux qui lui ont même dédié une oeuvre. On pense à Mos Def of course, mais aussi à Jay Z, Digable Planets, O.D.B, Roy Ayers…
Des photographes aussi, comme Jamal Shabbazz, rendent hommage à ses rues, sur papier glacé. Ce coin de NYC est donc source d’inspiration pour beaucoup. Pourquoi ? Pour le savoir rien de plus probant qu’une ballade au cœur de la ville. Objectif : Y sentir l’atmosphère, y capter le charme, comprendre "l’addiction" qui en résulte. Après quelques heures et quelques kilomètres, je me rends compte que…euh…OUI, ça défonce. Officiellement. Bon, pas tous les coins de Brooklyn, t’emballe pas, mais déjà c’est beaucoup plus agréable que Manhattan. Moins de hauteurs, moins de monde, plus résidentiel, un playground avec des joueurs de basket par ci, un parc avec des enfants partout par là, des maisons magnifiques, qu’on appelle Brownstone, (si tu es normalement constitué, ce nom doit t’évoquer non pas une architecture mais un refrain: « if you love me, say it », bref, rien à voir, elles viennent de L.A) et des rues ombragées ornées d’arbres. On ne rêve que d’une chose, habiter là, tout de suite, maintenant. Tu sens que tu pourrais t’y adapter en 2 minutes 30. Puis tu passes dans des quartiers où Spike Lee, Mos Def ou Guru ont grandi, chargé d’histoire. Fiers de leurs origines, de la rue dans laquelle ils ont passé leur enfance, ils le disent tout haut. C’est finalement eux qui véhiculent cette image positive et qui rend Brooklyn si à part, c’est l’amour qu’ils lui portent et qu’ils chantent. « It's real yo but still yo, it's love here and it's felt by anybody that come here, out of towners take the train, plane and bus here, must be something that they really want here, one year as a resident, deeper sentiment, shoutout "Go Brooklyn!", they representin it. » Mos Def, Brooklyn
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