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« Hooked » -, voici, le titre du dernier album de Sophie Delila, cette jeune artiste française qui a traversé l’Atlantique pour nous ramener de la soul US a la sauce européenne. Un titre évocateur, puisque de l’Anglais, Hooked signifie accroché. Accrocher, c’est ce que l’on est immédiatement en écoutant le premier single de Sophie, « Nature of the Crime », vous savez, ce genre de ballade soul qui vous reste dans la tête toute la journée dès lors qu’il vous a chatouillé les oreilles une première fois…


Ton premier album « Hooked » sort le 10 novembre. Est-ce que tu peux nous décrire ton parcours jusqu’à maintenant ?

Jusqu’à maintenant, beaucoup de choses. En fait ce n’est pas vraiment le premier album puisque j’ai réalisé un album il y a quelques années qui était complètement autoproduit et indépendant. Jusqu’à présent, c’est le plus abouti.J’ai commencé la musique quand j’étais toute petite avec le piano classique, je suis restée en France jusqu’à mon bac. Après, j’ai eu la chance de pouvoir partir aux Etats-Unis pour étudier dans une école qui s’appelle Berklee College of Music, à Boston. Je n’avais pas du tout prévu de partir là-bas, je voulais faire une école d’ingénieur du son à Paris. Je n’’avais pas de projet en particulier, mais je savais que je voulais faire de la musique et donc j’ai passé une audition pour obtenir une bourse à Berklee. Je n’ai même pas pris rendez-vous, je suis allée le jour même, un petit peu par hasard, et je suis revenue le lendemain avec un rendez-vous, j’ai fait mon audition et j’ai appris plusieurs semaines en retard que j’avais une bourse. Je me suis demandée « est-ce que j’y vais ? ». Je n’avais pas particulièrement envie de partir à la base et en fait je me suis dit « c’est quand même une super opportunité, je vais tenter, j’ai du soutien donc je vais voir ». Je suis partie sans aucun à priori, je connaissais la musique américaine puisque j’avais grandi avec. Je suis donc partie étudier là-bas, et après je suis restée quelques années aux Etats-Unis, c’est là que j’ai commencé vraiment à écrire mes premiers vrais titres, à chercher un petit peu mon son, à travailler dans les studios, à faire de la prod, à faire de l’écriture, à faire de la scène.

Voilà un peu pour le parcours, sinon j’ai voyagé en Angleterre plus récemment. J’ai continué de faire ce que je faisais à New York : faire de la musique, toujours écrire, toujours travailler. J’ai rencontré ce producteur qui produit également Duffy… Mais il se trouve que lorsque je l’ai rencontré il n’y avait pas encore Duffy ! (éclatement de rire) On a commencé à travailler ensemble parce qu’on travaille dans les mêmes studios. On a commencé à faire un petit peu de prod ensemble et des musiques de film, des musiques de pub… Un matin on s’est dit qu’il fallait peut-être qu’on s’occupe de ma musique. C’est comme ça qu’on a commencé.

On peut voir dans tes influences sur MySpace que tes goûts son très éclectiques !

Oui, ça part dans tous les sens ! (éclatement de rire) C’est-à-dire que j’ai fait du piano classique quand j’étais toute petite donc ça m’a formé l’oreille. J’adore Bach et Chopin. C’est toujours présent dans ma mémoire. Mes parents sont fans de Stevie Wonder, Ray Charles et les Beatles. J’ai grandi un peu aussi avec les débuts de l’électro donc ça fait aussi partie de moi. Aux Etats-Unis j’ai découvert le jazz puisque Berklee est avant tout une école de jazz. Il y a pleins de super musiciens ultra techniques ! J’ai donc appris tout ça. Il y a aussi le gospel que j’ai découvert aux États-Unis car je le connaissais très peu. Je me suis plu dans ce style. Et après tant de soul je me suis dit que j’aimerais bien voir ce qui se passe en Angleterre où il y a une scène rock vraiment présente. Comme je jouais un peu de guitare j’avais envie de rajouter certains éléments un petit peu plus rock and roll.

Peux-tu nous décrire l’esprit de ton nouvel album ?

Par rapport au premier qui était encore très soul et plutôt ensoleillé, celui là est un petit peu plus dark, plus sérieux, plus lourd. Au niveau de l’intensité des émotions il est très concentré. C’est très orchestré puisque j’adore les cordes, les pianos classiques… Donc voilà un album très intense. C’est vraiment le son que j’avais envie de faire sonner en allant en Angleterre et en puisant un peu dans le côté rock. Il est toujours soul parce que je chanterai toujours comme je chante.

Quels sont les thèmes que tu abordes dans tes paroles en général ? Y a t-il des thèmes qui reviennent souvent ?

Il y a des histoires d’amour. C’est vrai qu’il y en a pas mal. Mais quelque chose comme « Nature of the crime » (ndlr son premier single) ça part d’abord d’une histoire qui se brise mais c’est plus une espèce d’observation des gens, des attitudes humaines. Il y a les cœurs brisés. Dans « Blue Sky » je parle juste de passer du bon temps et de se relaxer, ce qui était plus le thème du premier disque. J’aime bien exprimer des chansons un peu joyeuses. C’est encore un petit peu romantique. Il y a des thèmes qui sont plus sur la psychologie. Il y a donc quelques titres un petit peu plus torturés sur l’analyse de comment je vis ou comment quelqu’un d’autre vit, et comment on peut réagir à certains évènements.

Pourquoi avoir choisi comme premier single « Nature of the crime » ?

Parce que c’est le premier titre que j’ai écrit quand on s’est mis à travailler avec Steve (ndlr Steve Booker, le co-producteur et co-auteur sur « Hooked ») sur mon album. Quand on se met à écrire un album on ne peut pas trop réfléchir, il s’agit juste de chercher un son et d’essayer de trouver quelque chose qui nous correspond donc je pense qu’en réécoutant « Nature of the crime » je me suis dit que c’est ce qui me ressemble. C’est ce qui a vraiment donné le ton au reste et qui m’a inspirée pour tout le reste de l’album. C’est donc la chanson qui me représente le mieux pour un premier single.

Question qui fâche un peu : avec toutes les popstars un peu soul qui sortent notamment beaucoup en Angleterre, du genre Amy Winehouse, Duffy, Ayo, est-ce que tu n’as pas peur de rentrer dans le même moule ?

Je pense qu’on n’y échappe pas, même si je ne suis pas venue en Angleterre pour la soul. Il se trouve qu’entre temps c’est sorti comme ça. J’ai envie de dire que si les gens s’intéressent à la soul, eh bien tant mieux. S’il y a en ce moment une fenêtre pour s’exprimer, puisque ça fait des années que je fais ça, si les gens s’y intéressent grâce à ces personnes, eh bien je serai cataloguée dans un premier temps et les gens se rendront compte par la suite que j’ai ma propre identité et mon propre son. Ils ont forcément besoin de s’identifier et de cataloguer au premier abord. C’est à nous de prendre le temps et d’être présent partout pour montrer qu’on a autre chose.

Quels instruments de musique joues-tu ?

Je ne suis virtuose d’aucun instrument. J’aime bien juste jouer en faisant exactement ce que j’entends. Je joue de la guitare, du piano, de la basse, un petit peu de batterie, de percussions. Voilà, les instruments un peu basiques. J’aimerais bien jouer du violon mais je ne sais pas si mes voisins apprécieront. Ou des cuivres aussi, mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’essayer ! Je suis vraiment attirée par le fait d’essayer de nouveaux sons, de nouveaux instruments. Mais ça prend du temps.



C’est toi qui joues sur l’album ?

Sur tous les morceaux je joue un instrument, ça c’est sûr. Plutôt de la guitare électrique, du piano, de la basse. J’aime vraiment entendre quelque chose et simplement le jouer. J’aime aussi beaucoup laisser jouer les pros, les vrais virtuoses. C’est vraiment super intéressant de les laisser s’exprimer dans certains contextes. Je ne suis pas super maniaque de tout contrôler ! (éclatement de rire)

Quelle musique écoutes-tu en ce moment ? Des artistes en particulier ?

En ce moment il y a plains pleins de choses que j’aime beaucoup. Jamie Lidell est dans mon top sur MySpace. Il faut le connaître ! C’est un Anglais qui habite en Allemagne je crois, et il chante de la soul. J’écoute pleins de vieux trucs et des nouveaux, par exemple une fille du nom d’Emilia Torrini. C’est une Islandaise je crois, et c’est vraiment top. Un petit peu underground, pop, électro, acoustique… Hyper éclectique encore une fois mais c’est top, je vous le conseille vraiment ! Sinon j’aime beaucoup James Morrisson. Je suis toujours à fond dans Stevie Wonder que j’ai vu le mois dernier. Je serai toujours fan, et j’écoute très souvent ses disques.

Pourquoi ne chantes-tu pas en français ? Pourquoi avoir choisi l’anglais ?



Je n’ai pas choisi en fait. Quand je suis partie c’était vraiment pour approfondir mes connaissances sur la musique américaine, histoire de vivre une aventure. J’ai donc commencé à écrire en anglais. Pour moi, le français est tellement une belle langue que si on va faire du français, il faut vraiment être très bon. Et comme je parle toute la journée anglais, je pense pas aujourd’hui que j’ai ce qu’il faut pour faire de la musique en français ou pour faire quelque chose de très beau et de très innovant. Donc je laisse les pros le faire. Mais j’espère un jour soit collaborer avec des auteurs français soit me donner les moyens de le faire.

Parmi les artistes actuels en France, si tu devais faire une collaboration qui choisirais-tu ?

J’ai eu l’immense chance de faire la première partie de Christophe Willem il y a quelques mois. Je le connaissais déjà puisque je l’avais rencontré l’an dernier. Il a tellement une voix et une aura incroyables que je pense que ça serait vraiment très bien de faire quelque chose d’expérimental avec lui. Il a une très bonne personnalité. Sinon, dans la scène un petit peu plus soul et plus underground, il y a un artiste qui s’appelle Oncle Ben Il est incroyable, et il est chez Motown d’ailleurs. Il a une voix absolument incroyable ! A voir sur MySpace ! Lui aussi est effectivement une bonne pointure… un futur grand je pense.

Pour revenir à ton album, pourquoi le choix du titre « Hooked » comme nom ?

Hooked est selon moi un titre qui n’est pas très commercial, mais qui est très musical. C’est une espèce de laisser-aller, d’envolée, avec les cœurs, les violons… Ca part un peu dans tous les sens… Je trouvais que c’était un morceau qui reflétait bien la musicalité que j’avais envie de faire passer dans ce disque. C’est un disque que j’ai fait très librement. Artistiquement j’assume tous mes choix et j’ai eu le droit de faire tout ce que je voulais. J’ai eu aussi envie de mettre le titre « Hooked » en avant parce que ce n’est pas nécessairement celui pour lequel on va aller en premier. Il mérite de l’attention.

Parlons du clip de « Nature of the crime » à présent. Il est réalisé par Earl Sebastian qui a produit des clips de Madonna, Massive Attack… Des grands noms. Comment s’est faite cette collaboration ?

D’une manière générale j’aime travailler avec des gens que je connais, ou des amis d’amis… C’est assez difficile de me voir imposer des gens que je ne connais pas. Mais si demain il y a une super star des clips qui me sollicite, je ne vais pas dire non, surtout que j’aime bien tout ce qui est image. Comme ce n’est pas mon métier à la base, j’aime bien être à l’aise avec les gens. Et en fait c’est un ami à moi qui m’a fait rencontrer le réalisateur. On s’est rencontré à Londres il y a plusieurs mois et on a commencé à discuter. On a parlé de ses idées. C’est un mec génial. Il a réalisé le documentaire sur Marvin Gaye et a été proche de la famille Gaye le temps de la réalisation du documentaire. On parlait de ça… ça s’est tellement bien passé avec la famille de Marvin Gaye qu’elle lui a filé de ses cendres ! Bref il a des histoires absolument incroyables ! On s’est très bien entendus et je trouvais que son idée pour le clip était vraiment bien et qu’il avait une belle vision. On a donc décidé de le faire ensemble. J’ai beaucoup de chance parce que c’est quelqu’un de très talentueux qui a fait de grandes choses.

C’est toi qui as choisi le contexte, la mise en scène, les images du clip ?

C’est son métier donc il m’a exposé son idée. J’ai trouvé que l’idée des quatre personnages était rigolote. En même temps je ne suis pas comédienne ou actrice, je ne suis pas dans le mode « super gros scénario dramatique » parce que je ne suis pas expérimentée. Mais j’ai trouvé que ça allait être beau et intéressant à regarder. Et surtout, ça a allait mettre en valeur je pense la musique. Ca suit très bien le mouvement, il y a une bonne évolution. Donc voilà, il m’a exposé son synopsis et ça m’a plu. Je lui ai laissé faire son boulot.

Parlons d’une autre collaboration. Celle avec Steve Booker, qui a également écrit « Mercy » de Duffy, et puis des titres pour Natalie Imbruglia. Comment ça s’est passé ?

Eh bien très bien. On s’est enfermés dans le studio pendant des semaines, à écrire des titres, à écrire des sons tout bêtement. Il n’y a pas vraiment de méthode. On se pose, on commence, on joue un peu et puis on voit ce qui se passe. C’est une très bonne énergie dans le sens où parfois je vais me mettre au piano, il va s’asseoir à côté, il va me dire que ce que je joue est bien, puis après on va changer de siège, je vais écrire des paroles et je vais dire que ce qu’il a fait est bien… Donc il n’y a pas de formule. C’est un petit peu le bazar, mais finalement on arrive toujours plus ou moins à quelque chose que tous les deux on aime beaucoup. On a pas du tout la même éducation, c’est un Anglais, on n’a pas les mêmes influences… donc il y a un clash, ce qui est très bien et ce qui est très interactif, et parfois évidemment c’est dur parce quand on est l’un sur l’autre… (éclatement de rire) Mais dans l’ensemble c’était génial ! Très bien, très inspirant. C’est quelqu’un qui a beaucoup de ressources. J’ai beaucoup appris.

Des futurs projets ? Après cet album que comptes-tu faire ?

Eh bien je pense déjà au prochain… normal ! Je n’aime pas m’arrêter donc… je pense ! Sinon plein de scènes. Ça aussi c’est bien de pouvoir mettre ses morceaux sur scène parce qu’ils prennent une autre dimension, et j’adore la scène ! C’est vraiment cool d’avoir ces opportunités, que ce soit en promo ou même quand il s’agit de faire une première partie ou des trucs comme ça.

Une tournée de prévue ?

Il n’y a pas de tournée prévue mais il y a quelques rendez-vous à Paris et il y aura quelques plateaux multi-artistes, ainsi que des premières parties, des trucs comme ça… Là il y va y avoir la première partie des Streets à l’Elysée-Montmartre le 19 novembre, ou le 18, je ne sais plus. J’ai vraiment hâte, parce qu’en plus j’adore les Streets ! Je les trouve géniaux !

Tu as déjà fait une performance à l’Elysée-Montmartre autrefois…

Oui c’était il y a un petit moment, et c’était en première partie de Cunnie Williams. Un grand prestige cette salle ! Jusqu’à présent j’ai eu beaucoup de chance. Là j’ai fait la première partie d’Asa au Bataclan, c’était top. J’ai vraiment eu beaucoup de chance de jouer dans des salles vraiment top. Donc voilà, j’espère travailler avec pleins d’autres artistes en production, et toujours faire de la musique quoi ! C’est mon projet !

Stresses-tu beaucoup avant d’entrer en scène ? As-tu un petit rituel ?

Non, à part m’énerver… (éclatement de rire) Ca dépend des scènes. Il a des settings différents… Par exemple si je vais faire la première partie de quelqu’un c’est forcément moins stressant, les gens ne sont pas venus pour me voir donc a priori… C’est quelque chose qui me réconforte, c’est-à-dire que je n’ai pas de pression, les gens sont ouverts et ça va être un premier contact donc c’est moins stressant pour moi. Mais je n’ai pas de petit rituel… j’essaie juste de ne pas parler, de boire de l’eau… je ne bois pas de vin avant de chanter ! Donc voilà. Mais je pense qu’il y aura toujours le trac. Là hier soir je jouais dans un tout petit théâtre qui s’appelle Côté Court. Il y a 70 places et pas de micro, pas d’ampli. Donc au début on se dit que c’est stressant parce que c’est un petit peu difficile à gérer techniquement mais en fait on est très proche du public et finalement c’est ça qui marche, c’est comme dans un salon. Et ce qu’il y a de génial avec la scène c’est cette interaction avec le public qui est différent à chaque fois et qui est plein de surprises. J’adore ça.

Et ça se voit !



Par Cathy.N
Publiée le lundi 3 novembre 2008


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