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Pour l’amour de la musique


De passage à Paris pour un concert au Hangar à Ivry courant novembre, Omar Lye-Fook (de son nom intégral) nous a offert un petit moment pour se confier sur la musique qui est sienne ou qui l’entoure. Ouvert et enjoué, il nous offre ici son point de vue de musicien affirmé qu’il est. On perçoit bien un homme qui voit les choses comme il conçoit son style artistique : lucide mais en marge de la majorité. Sorti il y a deux ans, son dernier album “Sing If You Want It” est un bon prélude au prochain dont il nous donne aujourd’hui un aperçu.


Tu as été absent de la scène musicale entre 2000 et 2006. Que s’est-il passé ?

A vrai dire, je me suis séparé de ma maison de disques Naïve Records pour changer d’équipe. J’ai construit mon propre studio. J’ai également beaucoup tourné à travers le monde. Et bien sûr, j’ai enregistré mon dernier album “Sing If You Want It” ainsi que le prochain qui est à peu près terminé.

Il semble que tu aies utilisé des rythmes plus funky pour ce dernier album ?

Non, pas tout à fait, j’ai toujours utilisé des sons un peu funky. J’ai juste voulu faire des beats un peu plus poussés. “Best By Far” était un peu plus jazzy et là j’ai un peu plus accentué sur les batteries.

Sans peur que les fans te lâchent…

(Il coupe) Non ! Je crois que mes fans sont attachés au fait que j’apprécie expérimenter. Aimer ma musique c’est s’attendre à du changement mais sans perte de qualité ou au moins d’intérêt musical.

Peux-tu nous raconter l’histoire de la chanson “Ghana Emotion” ?

Par Sby de CatchaVibz.com
Par Sby de CatchaVibz.com
En fait, mes parents ont déménagé vers le Ghana il y a environ cinq ans et je suis allé leur rendre visite. En passant, j’ai aidé mon père à fabriquer son studio d’enregistrement car il a été un musicien… dans les années 70. Bref, un jour, en 2005, dans son studio, il était à son poste, j’étais sur le clavier et on a commencé à improviser le rythme. Après, en réfléchissant à ce que je pouvais écrire dessus, j’ai pensé au Ghana et aux bons moments que j’y ai passé.

D’ailleurs, je crois qu’il n’y a pas que toi dans ta famille qui joue de la musique...

Oui, ma sœur chante et mon frère est un professeur de scratch. Il est aussi producteur et il a obtenu un Grammy Award pour un de ses sons dans l’album de Damian Marley. On peut dire qu’on est une famille musicale.

Ça fait un bon moment que tu fais de la musique et tu as toujours cherché à innover, créer. Comment tu élabores ton style ?

Je recherche quelque chose de différent en essayant de ne pas faire ce que tous les autres font. Je suis un amoureux de la musique et de ses différents genres : je sens en quoi tous les genres se connectent l’un à l’autre. J’apprécie de prendre un peu de tous les genres et d’en faire un mix. De plus, j’adore vraiment le fait de préparer ma musique en studio et qu’ensuite, lorsque je partage ma musique sur scène, des gens qui me sont totalement inconnus chantent et connaissent les paroles. J’ai ressenti ça à travers le monde et c’est un vrai boost.

En parlant de ça, des américains tels qu’Erykah Badu, Common ou Stevie Wonder apprécient ta musique. Tu en es fier?

Absolument. Moi je ne suis pas celui qui fait le plus de buzz dans la musique, je ne suis pas du genre à être très demandé par la presse. Finalement c’est un signe envers ma musique car cela signifie qu’elle atteint au moins quelqu’un.

Pourquoi es-tu si discret ?

Je pense que c’est parce que ma musique est différente : je ne suis pas les mêmes règles que tout le monde emploie. En général, les gens entendent ou font un hit et essaient de s’en rapprocher le plus possible, moi j’évite ! Je pourrais faire un nouveau “There’s nothing like this” (son premier album, ndlr) mais il existe tellement de sortes de musiques à faire. Les gens ont l’habitude de cataloguer ce qu’ils entendent à la télévision ou à la radio dans une catégorie, mais moi ma musique ne correspond à aucun genre. (Rires) J’en suis fier car ça me rend distinct.

Peux-tu nous raconter ta collaboration avec Stevie Wonder ?

Par Sby de CatchaVibz.com
Par Sby de CatchaVibz.com
A l’origine, je l’ai rencontré en 1987, il y a un moment. J’avais mon ancien manager, Keith Harris, qui avait collaboré avec lui lorsqu’il passait par la Grande-Bretagne donc il m’a servi de passe-droit vers Stevie. Et, j’ai d’autant plus insisté qu’après mon deuxième album “Music” il m’avait dit qu’il appréciait mon travail et qu’il était prêt à m’écrire quelque chose. Du coup, j’étais du genre “Je vous en prie, tout ce que vous voudrez Monsieur !” (Sourire) Cette promesse date de 1992 et on n’est pas entrés en studio avant 2000. Quand ça s’est fait, j’étais évidemment tout excité. On en a enregistré deux car la première était correcte mais moi je recherchais du vrai classique Stevie Wonder avec le background live.

En Grande-Bretagne, vous n’êtes pas tant de chanteurs soul à réussir à percer à travers le monde. Pourquoi ?

C’est vrai mais il y a Lemar pourtant.

Mais lui c’est plutôt récent…

Tout à fait. Cependant et surtout sans offenser personne, j’entends dire que Duffy, Amy Winehouse ou Adele sont les nouveaux artistes soul. Pour moi, ce qu’elles font c’est plus une ode en référence au son Motown. Avec elles, il semble qu’il n’est pas possible d’être entendu à moins de ne pas avoir une apparence un peu folle ou consommer des drogues - je ne dis pas que ce n’est pas mon cas ! (Rires) Pourtant, il y a plein d’autres talents qui existent mais ne reçoivent pas assez de buzz. Ils manquent juste de publicité pour pouvoir passer à la radio ou à la télévision où le format est plutôt R&B type Mario, Asa, Ne-Yo… La vraie musique soul, les médias ne la diffusent pas à moins que l’on possède un nom réputé à la manière de John Legend. Pour être au courant, il faut aller voir les gens directement à leurs shows.

Ça ne vous dérange pas de n’être pas très exposé non plus ?

Pas vraiment. Si l’on met de côté le fait que je dois nourrir ma famille, mes deux enfants, cela m’importe peu. Ce que j’apprécie c’est de faire de la musique, fumer un petit joint pour prendre la vibe avant de monter sur scène devant le public. C’est mon premier souci.

Un mot sur le prochain album pour faire attendre les fans…

(Rires) Ce sera de l’Omar typique. Vous allez entendre différents sons : jazz, latin, reggae, funk ou classique mixés ensemble. Il y en a quelques-uns qui sonnent un peu brésiliens, vous verrez. Par contre, je vais éviter les collaborations, ce qui n’était pas le cas sur le dernier album sauf pour un titre que je développe actuellement où j’aurais peut-être besoin d’une voix féminine. En tout cas, ça a encore été enregistré à la maison, dans mon studio à Londres. Il y aura environ quinze titres et personne n’en sera déçu, il sera dans la lignée des précédents. A chaque fois que je finis un album, je suis exténué car je me donne à fond dessus mais je me dis, il y en a un autre qui attend derrière, et je repars au travail.

Enfin, que voudrais-tu dire à tes fans français ?

Ici quand je viens je me sens comme à la maison car il y a une vraie communauté de fans. C’est pour cela que j’étais un peu déçu lorsque j’étais chez la maison de disques Naïve. Je ne dis pas que j’en suis parti sans en garder quelques amitiés mais, vous savez, c’est toujours avec les haut-placés que l’on a des problèmes notamment au niveau financier. Ils ont laissé un vide entre moi et mes fans avec ces affaires de business alors que moi je les aime, JE VOUS AIME !! (Sourire)



Par Babacar Diarra
Publiée le dimanche 14 décembre 2008


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