Délicieux, exquis mais surtout éclectique, “Of all the things” est un album à écouter sans modération. Entre bossa nova et hip-hop, samba et soul, les six membres de Jazzanova ont fabriqué un cocktail teinté de diverses musicalités sans que l’homogénéité de l’ensemble n’en subisse. L’invitation de chanteurs, tous à la hauteur du concept, applique un point final à ce constat d’excellence. L’un des membres du groupe, Alex Barck, a été invité à expliquer la recette de leur travail.
A quoi fait référence le titre “Of all the things” ?
“Of all the things” sont les premiers mots du titre “Little Bird” interprété par José James, l’une des chansons de l’album. Lorsque nous avons pensé à mettre un titre, nous avons senti que ces quatre mots pouvaient former un excellent titre d’album, ouvert… vers toutes les choses que l’on apprécie… toutes les choses importantes à nos yeux…
Quel est votre ressenti lorsque vous utilisez des samples ou lorsque vous composez des sons avec vos propres instruments ? Où va votre préférence maintenant que vous avez expérimenté les deux ?
On n’a pas l’impression que l’on porte une préférence vers l’un ou l’autre : en réalité, les choses évoluent en fonction de notre curiosité d’explorer et d’expérimenter de nouveaux sons. Pour concrétiser une idée instrumentalement, beaucoup d’éléments peuvent servir de sources d’inspiration : un échantillon sonore, un riff de guitare, chaque son que peut dégager un instrument, voire même les sifflets du matin… Par le passé, nous avons principalement samplé des sons pour composer nos chansons. Nous les recherchions à la fois ouverts, obscurs et uniques pour qu’ils forment une sorte d’orchestre. A travers les années, et contraints par nos différentes collaborations, nous avons amélioré l’équipement de notre studio, ce qui a apporté plus de profondeur et de particularité à notre son, d’autant plus que nous enregistrions dans de plus grandes pièces. Notre curiosité d’apprendre construit notre évolution dans la musique.
Avez-vous composé tous les morceaux au même endroit ou étiez-vous inspirés par les pays que vous avez visités pendant vos tournées à travers le monde et grâce aux rencontres que vous avez pu avoir avec des artistes étrangers ?
Crédit : Ben Wolf
Les chansons ont été composées dans l’environnement calme d’un studio. Pour ma part, comme je fais partie de la partie du groupe qui travaille principalement en studio, je voyageais assez peu finalement, excepté pour les interviews – cet album va nous amener à plus de performances sur scène – mais j’apprécie le fait que la musique voyage à travers le monde. Ainsi, tous les artistes qui ont collaboré à notre album ont apporté leur propre expérience musicale. C’était sûrement le plus intéressant dans ces rencontres avec des artistes étrangers : ils ont apporté le monde dans l’enceinte de notre studio.
Est-ce que vous prenez part à l’écriture des morceaux que vous composez pour que votre album soit conçu selon un univers que vous avez imposé ?
Comme la spécialité de Jazzanova est de composer et produire des instrumentaux, on avait le désir profond de donner à tous les chanteurs impliqués dans notre album un projet sonore avec tous les éléments pour une chanson à textes avec des couplets, des refrains, un “bridge” mais aussi l’insertion de parties inhabituelles - comme l’énergique partie au milieu du titre “Little Bird”. Notre objectif était de voir et d’entendre, enfin, ce que les chanteurs ressentent approprié d’écrire et chanter sur nos instrumentaux. Au départ, on a essayé de ne pas trop leur parler de nos titres : on voulait les laisser choisir eux-mêmes leur voie sur nos supports.
Comment s’est passée la rencontre avec Phonte des Little Brother et pourquoi avoir collaboré avec lui ?
Au départ, il me semble que Juergen l’a rencontré pendant qu’il mixait aux Etats-Unis. Et, en écoutant nos différents projets (Thief, Clara Hill ainsi que nos projets personnels), il s’est intéressé à nous. Etant donné que nous appréciions aussi son travail de notre côté, on l’a invité à venir à Berlin pour participer à notre album.
Un nouveau travail entre vous est-il possible ?
En fonction de ce que ce sera notre prochain album, il est fortement envisageable que l’on collabore une nouvelle fois ensemble. C’est un chanteur et rappeur à la fois bon et profond.
Il semble qu’au début de votre carrière, vous étiez loin de ce que vous faites actuellement, plus électroniques. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça et où est-ce que vous classez votre style musical ?
Crédit : Ben Wolf
En fait, je n’ai jamais trouvé que l’on s’était éloigné de ce que l’on faisait. Notre premier morceau par exemple “Fedime’s Flight”, qui date de 1996, détient tous les éléments que j’apprécie. Pour ce qui est du sampling, comme je le disais auparavant, on n’a pas cessé de le développer. Pendant près de 10 ans, nous avons travaillé avec le même matériel en les fusionnant ensemble selon des sonorités que l’on appréciait et en passant beaucoup de temps en coupant, en apposant, en programmant des échantillons. Donc, en quelque sorte, on peut classer notre style parmi celui de la musique électronique dans le sens où elle est produite depuis un ordinateur.
Votre musique n’est pas typiquement celle qu’on peut attendre d’un groupe allemand. Peut-on dire que vous visez un public étranger ?
Peut-être que les origines de nos influences ne sont pas allemandes mais nous avons relativement autant de fans chez nous que dans les autres pays. Quelque part, c’est un indice qui prouve que la musique voyage et qu’elle a une puissance suffisamment élevée pour toucher des personnes qui se situent dans différentes régions du monde. Dans notre cas, la soul, le jazz mais aussi la musique latine, brésilienne nous attirent. Ainsi, les Américains de manière générale sont tout autant touchés par ces genres mais nous arrivons à les approcher avec notre propre manière. Nous ne recherchons pas à viser une audience particulière mais plutôt à remplir à une certaine nécessité de représenter l’amour que l’on a pour la musique.
Justement, quels sont les prochains univers que Jazzanova va explorer ?
Nous allons continuer de faire ce qui a toujours été notre moteur, soit le développement de nouveaux projets. Le prochain est de se représenter en live pour la première fois avec un band en accompagnement. Clara Hill et Paul Randolph (ndlr : qui participe à “Of all the things”) vont en être nos choristes. Dans tous les cas, même si nous essayions des techniques et des instruments que des centaines de musiciens ont utilisés auparavant, ce sera un son Jazzanova unique qui aboutira de notre travail. Il n’y a que nous qui appréciions cette mixture des harmonies, des rythmes, des mélodies : c’est notre signature et elle sera présente sur nos prochains albums.
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