Simple et pleine de classe, brillante et drôle, talentueuse et humble à la fois, voilà qui définit plutôt bien le personnage. A ceux qui diront qu’une telle perle n’existe pas, force est de répondre qu’ils n’ont jamais eu le plaisir d’un entretien avec China Moses… A quelques semaines de la sortie en France de l’album This One’s For Dinah signé par le prestigieux label Blue Note et réalisé en collaboration avec le pianiste Raphaël Lemonnier, China Moses revient pour Onlygroove sur son parcours et ses influences musicales…
Te souviens-tu de la première fois où tu es montée sur scène ?
La toute première fois ? Non je ne m’en rappelle pas, mais je devais être très jeune. J’ai commencé à monter sur scène quand j’étais enfant, pendant les tournées de ma mère. Par contre, mon premier souvenir c’était au Festival Jazz de Nîmes, avec ma mère et l’une de mes sœurs. Et je me souviens très bien avoir chanté faux. (rires)
Quelles sont tes principales influences musicales ?
J’ai travaillé avec beaucoup d’artistes d’univers très différents. Mais pour résumer, on peut dire que j’aime tout ce qui vient du blues, c’est la base de ma culture musicale. Par exemple, avec le groupe Alarash, on joue une sorte de mélange entre le métal et le hip-hop, et je dis souvent qu’on fait du blues juste un peu énervé.
Et si tu devais choisir un seul style musical pour te définir…
J’ai pas mal d’influences musicales différentes, c’est vrai, mais je me définirais comme une chanteuse soul. Je fais partie de cette génération qui a grandi avec le hip-hop, la soul. C’est mon époque, je suis fan de Neneh Cherry ! J’ai grandi dans cet univers musical.
Quels artistes t’inspirent en particulier ?
Je pourrais en citer des tas ! Mais il y a d’abord ma mère, Dee Dee Bridgewater. Et puis Dinah Washington, Neneh Cherry, Carleen Anderson ou Janis Joplin.
Y a-t-il un point commun entre toutes ces artistes que tu viens de citer ?
En fait, ce que j’aime chez toutes ces artistes c’est que ce sont toutes des femmes fortes. Et depuis toujours, avec ma mère et les autres femmes de ma famille, j’ai été entourée de femmes déterminées qui savaient ce qu’elles voulaient. C’est une chose qui m’a marquée.
Comment on vit le fait d’être la fille de Dee Dee Bridgewater quand on débute dans la musique ?
Ca ne m’a pas posé de problème au début. Ce sont les autres qui ont soulevé très vite la question. Mais moi je sais que si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce aux coups de pouce de ma mère. Avec le soutien qu’elle m’apportait, je ne pouvais pas penser à me comparer à elle. Et puis c’est une maman avant tout, qui vient filmer et danser à mes concerts, comme beaucoup d’autres mères le font. Ce que je voulais c’était la rendre fière, et avec ce nouvel album, je crois que c’est réussi.
Peux-tu nous parler un peu de cet album This One’s For Dinah qui sort le 9 mars ?
J’ai monté ce projet avec Raphaël Lemonnier qui est directeur artistique et pianiste sur l’album. A l’origine, lorsqu’on s’est rencontrés, on a monté un projet qui s’appelait Gardenias For Dinah. On a tourné pendant plus d’un an avec ce spectacle. Puis on s’est lancé dans l’enregistrement d’un album. Pour cela, Raphaël a été capable de monter une équipe qui correspondait vraiment à mes envies. Avec This One’s For Dinah, on a voulu rendre hommage au Dinah Washington Club et montrer tout le côté fun du jazz. Ce n’est pas un disque précieux ni ennuyeux. On a voulu l’enregistrer dans l’esprit 3ème set, en jouant tous ensemble et en gardant la prise qui sonne le mieux. Tu sais, un peu comme ces groupe de jazz qui jouaient leur deux sets sur scène et qui se retrouvaient tous en studio après le concert pour continuer à jouer et enregistrer toute la nuit. C’est un peu ça l’esprit de l’album.
A l’heure où tout le monde parle de l’anniversaire de la Motown, que penses-tu de l’univers de la soul aujourd’hui ? En France particulièrement…
J’approuve ce qui se passe dans ce milieu depuis quelques temps. Avant, l’univers de la soul française était très fermé, un peu élitiste. D’abord parce que, même s’il y avait des artistes partout en France, Paris restait le seul endroit où tu pouvais venir chanter. Et puis, tout le monde reprenait toujours les mêmes chansons et les mêmes artistes. Je veux dire par là que même si j’aime beaucoup Erykah Badu, Jill Scott ou Musiq Soulchild… il n’y a pas qu’eux dans la soul. Et c’est réduire cet univers que se cantonner à ces artistes. En France, on commence depuis peu à s’ouvrir à des projets moins fermés musicalement. On mélange les styles. Et puis, on a pas mal d’artistes qui ont une forte personnalité et c’est important. Quelqu’un comme Oncle Ben par exemple, c’est un artiste soul avec un petit côté rock. Le lieu commun entre les chanteurs soul des années Motown et ceux d’aujourd’hui commence avec des artistes qui ont une vraie personnalité.
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