En musique comme pour toutes choses en général, les apparences se révèlent souvent trompeuses. Difficile au premier abord de deviner chez cette chanteuse blanche à l’allure androgyne et au look simple et sans prétention, avoisinant la quarantaine, que le groove est une véritable seconde nature chez elle. Hélène Félix, alias Hf, musicienne aux multiples talents, n'a de cesse d'explorer la musique sous toutes ses facettes, endossant toutes les casquettes inimaginables, tout en conservant malgré tout cette modestie et cette pudeur qui sonnent juste. Rencontre.
Pourrais-tu te présenter en quelques mots et nous parler de tes origines ainsi que de ta carrière ?
Je suis née à Valence dans la Drôme. J'ai commencé la musique là-bas en créant différents groupes de rock français avec lesquels j'ai fait beaucoup de scène. Je suis arrivée à Paris à 17 ans pour rentrer dans une école de musique. Ca m'a permis de me perfectionner dans l'écriture et la composition, de rencontrer et travailler avec d'autres artistes dans différents styles musicaux.
Tu joues de la basse, de la batterie, du piano, de la guitare, tu écris, composes, produis, chantes et tu as même ton propre label Equal musik.… On peut vraiment dire que tu es une artiste touche-à-tout. D’où te vient cette incroyable prédisposition pour la musique ?
Tout ça est venu très naturellement. J'ai commencé à 6 ans par le piano classique. Je rêvais de jouer de la batterie et j'ai pu assouvir ce désir à l'âge de 12 ans. Plus tard, je me suis mise à la basse car c'est un instrument qui réunit la rythmique et la mélodie. La composition t'amène à l'arrangement et la passion pour la musique peut t'amener à la production ! C'est un moyen comme un autre d'avoir une liberté artistique.
Quelles sont tes influences musicales majeures ?
Mes toutes premières influences musicales viennent de la chanson française comme Gainsbourg, Nougaro et Jonasz, puis je suis passée par l'électro en écoutant Björk, Massive Attack pour arriver à la soul avec Marvin Gaye, Donny Hathaway, Stevie Wonder, Aretha Franklin, Nina Simone, Curtis Mayfield et j'en passe...
Tu as fait partie du duo électro-lounge Eggo. Le fait de venir de la sphère électro te donne-t-il une différente approche de la musique soul/funk ?
Peut-être dans ma façon de la travailler puisque je passe par un ordinateur notamment pour créer les rythmiques, alors que dans la pure soul funk, c'est un batteur qui va jouer. J'arrive à créer l'illusion mais en ayant des bases d'instrumentiste. L'électro m'a permis de connaître au mieux la MAO (NDLR : Musique Assistée par Ordinateur) et tous les groupes dans lesquels j'ai joué auparavant m'ont permis d'avoir une vraie base de musicienne. Mon souhait serait de réaliser un album en studio en faisant jouer les musiciens qui m'accompagnent sur scène pour retrouver un son purement acoustique et encore plus groove.
Comment décrirais-tu ta musique ?
Je n'ai pas de définition précise. Je fais ce que je ressens en rapport avec ce que je vis. Il se trouve que c'est dans la soul funk que je me sens le mieux. Je ne triche pas, c'est tout.
Peux-tu nous expliquer ce désir de chanter sur ce nouvel opus alors que tu n’avais fait appel qu’à des invités sur ton premier album ?
En fait je chante depuis toujours. C'est même mon « instrument » principal. Quand j'ai fait le 1er album, les compos soul funk sont venues très naturellement mais je me suis dit « Tu n'es pas une chanteuse de soul, tu n'as pas la voix pour ça », j'ai donc pris la décision de me cacher derrière des interprètes soul. En même temps, tout le travail de voix qu'il y a eu avec ceux qui ont participé à Keep The Face m'a énormément apporté personnellement. Quand j'ai commencé le 2ème album, beaucoup de gens autour de moi m'ont poussée à ce que je chante parce qu'ils trouvaient ce décalage intéressant. Et j'avoue aussi que ça m'a fait un bien fou de reprendre le chant.
Pourquoi avoir choisi l’anglais pour t’exprimer ? N’as-tu pas peur de froisser le public français qui, on le sait, est souvent frileux dès lors que ses propres artistes chantent dans une autre langue ? Est-ce dans le but de faire une carrière à l’international ?
Je chante en anglais parce que ça sonne mieux pour ce genre de musique. A aucun moment je ne me suis demandée si ça allait froisser quiconque et si ça allait me permettre de faire une carrière internationale. Les choses se sont installées comme ça. J'aimerais faire un projet soul en français mais le jour où je le ferai c'est que mes textes sonneront parfaitement bien, auront un vrai sens, de vraies assonances.
Justement, quels sont les thèmes que tu as abordés sur ce nouvel album ?
Feeling est un regard en arrière, une rétrospective sur ma vie qui approche les 40 ans. Les sujets abordés sont autour de l'amour, des amitiés, de la famille, de la source, l'enfance, la spiritualité...
Parle-nous un peu de ton label Equal musik, des artistes qui y sont signés et en quoi consiste ton rôle.
J'ai créé le label en 2001. A cette époque là, j'étais en plein dans l'électro, le label était donc spécialisé dans ce style musical. J'ai produit l'album d'Eggo, Thomas Toussaint, Ne Pas, Quentin Courançonne...
Le seul artiste que j'ai gardé en électro est Thomas Toussaint qui va bientôt sortir son 2ème album. C'est un style électro jazz extrêmement bien produit. Aujourd'hui, j'ouvre le label vers la soul funk, hip-hop. Dans cette catégorie, il y a donc Hf et nous préparons l'album de Solale qui chante sur mes albums ainsi que sur le prochain opus de Thomas Toussaint.
Mon rôle dans le label est tout simplement de faire en sorte que la maison ne s'écroule pas. Je suis tout à la fois, c'est-à-dire la gérante, le label manager, l'éditeur, le directeur artistique. Je travaille seule dans Equal musik. La seule personne qui m'épaule est Delita qui est graphiste et qui s'occupe de tout le visuel du label et des artistes. Elle est mon assistante lorsque je suis sur scène car je ne peux pas être partout !
Il y a Sèverine Berger de Veev Com qui est attachée de presse indépendante, qui s'occupe de la communication presse, radio, tv et web. Et la distribution "Sounds" qui fournit les disques en magasins.
Aujourd’hui, les médias et le grand public français s’intéressent de plus en plus à la Soul, comme en témoigne le succès de Amy Winehouse ou Raphael Saadiq. Or bizarrement, la scène Soul française reste toujours aussi confidentielle. Comment expliques-tu ce décalage ? Que manque-t-il à cette scène pour véritablement percer ?
Déjà à la base, la soul n'est pas une musique française d'où la difficulté de la faire sonner dans cette langue. Et je trouve qu'en France on veut trop imiter les Américains en amenant un accent anglais sur des mots français. Je ne trouve pas ça très intéressant voire même assez ridicule. J'ai parfois l'impression que c'est à celui qui fera le plus de vibes et au final la musique perd son sens premier. Tout ça n'envoie pas beaucoup d’émotion. Et c'est toute la différence avec des artistes comme, entre autres, Amy Winehouse.
Abordons maintenant un sujet d’actualité plus polémique. Comme tu le sais, la loi HADOPI visant à enrayer le piratage de musiques sur Internet a été adoptée la semaine dernière par le Parlement français. Comment te positionnes-tu par rapport au problème du téléchargement illégal ?
A partir du moment où l'on donne la possibilité à un internaute d'avoir de la musique ou un film gratuitement, pourquoi irait-il l'acheter ? Il faut être passionné et avoir un peu d'argent aujourd'hui pour acheter des disques. C'est devenu un produit de luxe. Ce sont ceux qui permettent le téléchargement illégal qu'il faut stopper. J'ai l'impression qu'on ne s’en prend pas aux bonnes personnes.
Simple petite curiosité, quels sont les albums qui tournent chez toi en ce moment ?
Le dernier cd que j'ai acheté est Anthony Joseph & The Spasm Band que je suis en train d'user. J'écoute beaucoup le live in Paris de Jill Scott, Prince "The Rainbow Children", Marvin Gaye "Vulnerable", Talib Kweli "Eardrum", tous les Common en boucle et je me suis rachetée en cd Terence Trent d'Arby "Introducing the hardline according to Terence Trent d'Arby" que j'ai en vinyle et que je prends plaisir à réécouter de temps en temps.
As-tu d’autres projets en vue, qu’ils soient musicaux ou autres ?
Je prépare le 3ème album Hf, je suis sur le projet de l'album de Solale, j'ai également un projet Hip-Hop dans le même esprit que Keep The Face, c'est-à-dire je suis sur les compos et les arrangements et je fais appel à des rappeurs qui viennent poser sur ma musique avec leurs propres textes et puis j'aimerais partir en vacances un jour.
Le mot de la fin ?
Si vous entendez parler d'une date de concert près de chez vous, venez nous voir car Feeling prend une autre dimension sur scène. Toutes les dates sont sur www.equal-musik.com. Merci beaucoup.
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