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Interview Hi-Tek

L’ingénieur du hip-hop


Producteur, rappeur à ses heures mais surtout compositeur, Hi-Tek a vu sa cote très rapidement s’envoler dans le milieu du hip-hop pour ne jamais redescendre. Cette régularité dans la qualité de son travail prend sa source dans une alchimie le plus souvent irréprochable entre les instruments qu’il utilise, qui l’ont vu créer des univers homogènes au fil de ses différents albums. Du coup, beaucoup d’expectations existent pour ses prochains projets. Nous l’avons rencontré quelques heures avant qu’il ne se produise au Cabaret Sauvage à l’occasion des Nocturnes Hip-Hop de La Villette.


Je viens d’entendre ta nouvelle sortie avec Talib Kweli “Back Again”. Du coup je me pose la question : à quoi ressemblera Reflection Eternal 2 ?

Ce sera la même bonne vieille formule : boom-bap, Hi-Tek qui orchestre et Kweli qui déchire les morceaux. Toi-même tu sais, l’un des plus tranchants lyricistes avec l’un des meilleurs producteurs du rap game qui se réunissent pour faire du bon son quoi…

Le beat que tu y as utilisé semble un peu d’inspiration africaine avec les percussions…

Ah ouais ?! Disons que nous venons d’Afrique, on n’oublie pas les inspirations funky : Fela Kuti, James Brown… (Rires) Ce que nous cherchons absolument à faire c’est frapper à l’ensemble du monde. Sur ce Reflection Eternal 2, on va essayer de viser large. J’irais même jusqu’à dire que l’on essaie de toucher de plus en plus large. Il y aura de la variété, des sons pop dirty beatle au funk africain mais aussi de l’influence du South, du Wu-Tang ou des Tribe Called Quest. Tout ceci mélangé, ce sera fou !

Qui vous accompagnera sur l’album ?

Jusqu’à présent, on a Chester French, Rees… Bun-B. On recherche encore deux ou trois collaborations à ajouter. Mais la plupart des titres sera avec moi et Talib.

Ça fait combien d’années que tu es dans le game ?

1996.

Ok, donc comment tu perçois l’évolution du hip-hop depuis tes débuts et notamment l’auto-tune ?

Oh, j’adore ça, c’est cool ! C’est seulement mauvais lorsque les gens l’utilisent mal et surtout trop. Mais le plus important, c’est la manière avec laquelle tu l’utilises. Je pense que T-Pain a compris comment il fallait s’en servir. C’est un outil qu’il utilise pour créer un personnage. D’autres n’ont pas la justesse. Les artistes de country avaient tendance à le prendre, mais pour corriger leur voix car ils ne savaient pas chanter.

Mais tu ne rejettes pas cela ?

Non, pas du tout. Je pourrais l’utiliser mais avec les raisons pour lesquelles il doit être utilisé. Il faut juste éviter d’en faire trop pour qu’il n’y ait pas un effet robotisé. Sinon je n’ai rien contre l’auto-tune, j’apprécie ce son. Je ne suis pas un gars amer avec l’évolution de la musique, le plus important c’est d’être original. Si tu comptes faire bouger les gens, ainsi tu dois parvenir à le faire.

C’est quoi la recette de la musique d’Hi-Tek ? Est-ce que tu peux la décrire ?

Je ne sais pas si je peux y arriver, je crois juste que c’est un cadeau de Dieu ! Cette musique vient de mon âme, de mes plus profonds sentiments. Et les récepteurs perçoivent cela : si ta musique est bien projetée du cœur (il mime), ils l’acceptent comme tu l’as ressentie en la créant. Si tu essaies d’imiter ce que tu as vu ou entendu, et même si tu arrives à faire un hit, tu ne seras pas légendaire. En faisant de la musique venant du cœur, tu fais de la musique intemporelle : les gens peuvent l’acheter, la garder, la réécouter à la manière de Reflection Eternal qui était un bon album. D’autres échouent années après années… c’est fou !

En arrivant chez Aftermath, quels ont été les apports sur ton travail ?

Oh, tu sais, c’est comme un rôle de cinéma : si tu veux un Oscar, il faut que tu choisisses les bons personnages. Tu ne peux pas te montrer qu’en partie, si tu veux faire quelque chose, il faut le faire à 100 %. Et le fait que Dre soit l’un des plus légendaires du rap game et de la musique en général donne un coup de pouce à ma carrière. Dans le même temps, il est agréable que quelqu’un comme Dr Dre me tende le bras. Mon gars, j’essaie d’y jouer mon rôle et il y a de bons titres qui se préparent là-bas.

D’ailleurs, tu n’aurais pas des nouvelles de Detox ?

Bon, à propos de Detox… Dre travaille évidemment sur l’album. Quelques sons ont fui donc ceci prolonge la longueur de sortie de l’album. Cependant, il risque d’en surprendre beaucoup, c’est juste que la décision revient à Dr. Dre pour en lancer la sortie. C’est comme si quelqu’un lui demandait “quand est-ce que Hi-Tek va sortir son album ?” : je sais juste à peu près où il en est.

J’aimerais que tu nous parles du prometteur Dion qui a participé à tes deux derniers opus ?

Oui, avec Dion, on travaillait sur un album, même si je ne lui ai pas parlé depuis un long moment. Il était signé chez Aftermath mais il a voulu quitter la maison et Dre l’a laissé partir. Ce départ l’a un peu perturbé par rapport à ce qu’il attendait de sa signature chez une major ou simplement de sa présence dans l’industrie. C’est arrivé à plusieurs artistes avec lesquels j’ai travaillé : ils n’étaient pas prêts pour faire face aux hauts et bas de ce milieu ainsi qu’aux temps forts et faibles. Dion a du talent, c’est un phénomène.

Pour finir, un mot sur J Dilla.

Oh, tu sais, à un moment où le hip-hop pouvait être lassant, il a su donner une nouvelle impulsion par sa manière d’utiliser ses instruments. Le fait que l’on soit tout deux du Midwest, lui de Detroit et moi de Cincinnati, qui sont deux villes à quatre heures de distance, a peut-être joué sur le fait que l’on ait la même idée de la musique. Mais j’ai toujours considéré que Dilla était en avance par rapport aux autres : quand moi j’étais dans mon délire, lui il était dans son triple délire ! (Rires) Cela me rappelle d’ailleurs la différence entre George Clinton et Bootsy Collins : Dilla dans le rôle de George car il y avait le Motown à Detroit, mais Cincinnati avait aussi sa funk et Bootsy a fait ses quelques morceaux légendaires. Mais Dilla c’est l’homme de la situation, repose en paix : il est littéralement mort en faisant des beats ! (Rires)



Par Babacar Diarra
Publiée le lundi 15 juin 2009


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