Vous l’avez peut-être découvert dans l’émission musicale mensuelle de Manu Katché, One Shot Not, diffusée sur Arte, où il a pu se produire aux côtés de Marcus Miller ou Keziah Jones. Auteur-compositeur-interprète à la fibre très Soul 70’s et moitié du tandem funk Bullfrog, Mark Robertson a décidé de concrétiser son aventure solo avec un premier véritable album, Favorite People, qui fait suite à son EP Deeper Shade of Green de 2004. Pour l’occasion, nous avons cherché à en savoir plus sur sa carrière, ses influences et sa vision de la musique. En bon québécois, c’est bel et bien, contre toute attente, dans la langue de Molière qu’il a répondu à nos questions. Rencontre...
Pourrais-tu brièvement nous rappeler ton parcours ?
Crédits photo : ViaMoi
Pas brièvement, non. (Rires) Je me souviens quand j’étais dans le ventre de ma mère… (Rires) Mes premières expériences pro en musique ont été avec un group de folklore Canadien francophone. Après, j’ai fait la manche sur la côte méditerranéenne et sur la côte ouest de l’Amérique, voyageant un peu partout. Je devint de plus en plus passionné par le blues, le jazz, et surtout le rhythm and blues de James Brown, Curtis Mayfield et Sly Stone entre autres. J’ai fait des études en Jazz tout en jouant de la guitare pour différentes formations de blues, funk, soul dans des clubs… En 1990, je démarre mon propre groupe avec lequel je me lance dans l’écriture. En 1995, nous sommes déjà Bullfrog, on fait 100 spectacles par an et on assure l’ouverture pour Maceo Parker dans la grande salle de Montréal. Après ça, petit CD en 99, tournée Europe-Amérique de Kid Koala, Bullfrog enregistre un LP pour Rope–a-Dope (NY), on enchaîne des tournées en Europe et en Amérique avec Bullfrog. En 2004, encouragé par mon collaborateur Koala, je lance un 1er CD, encore des tournées, et là en 2008, je fais Favorite People (indie), qui m’a amené jusqu'à One Shot Not avec Manu Katché et Marcus Miller…
Il semble qu’après le Canada, tu ais décidé de te consacrer principalement au public européen, et tout particulièrement français, dans un premier temps. Pourquoi ce choix ?
D’abord, j’aime la France. Le paysage, la bouffe, les Français et les Françaises, mais c’est surtout grâce à Manu Katché et One Shot Not que je me suis trouvé des partenaires ici en France. Le CD Favorite People sort en Europe avec SoulBeats Records/Discograph, en Septembre 2009.
Les gens décrivent ta musique comme de la « musique pour faire des bébés » (« baby making music », cf site officiel), comment prends-tu cela ?
C’est cool, j’ai un gars et une fille, mais on peut aussi faire des repas, faire le repassage… (Rires) Faut pas toujours faire des bébés, plutôt des fois s’entraîner seulement. (Rires)
Et toi, comment qualifierais-tu la musique de ton album Favorite People ?
Honnête… Pratique. (Rires)
Voilà, c'est dit… Cet album paye par bien des égards son tribut au son Soul/Funk 70’s, on croit même parfois entendre Curtis Mayfield ou Smokey Robinson sur certains titres.
Qu’est-ce que cette génération d’artistes représente pour toi ? T’a-t-elle beaucoup influencé ?
Ces styles comme le Blues, le RnB, le Swing, la Soul, le Funk, ils s’apprennent seulement en écoutant et en jouant, c’est le langage musical que j’ai appris. Je voulais écrire et jouer de la guitare comme Curtis et chanter comme Smokey Robinson mais aussi Sly Stone, Mavis Staples, Prince, Beres Hammond, Jorge Ben, Baden Powell, Miles, Oscar Peterson… la liste est trop longue.
Quel regard portes-tu sur la scène Soul francophone, notamment québécoise ? Et y a-t-il des artistes français que tu apprécies particulièrement ?
Je dirais pas Soul mais j’aime Les Rita Mitsouko, Gainsbourg, M, Keziah Jones, Amadou et Mariam. Au Québec, j’aime Stefie Shock, Ariane Moffatt, Jean LeLoup, Dorianne Fabreg…
Etant québécois, as-tu l’intention de chanter en français par la suite ?
J’ai un morceau en français que je présente en spectacle, on va voir peut-être pour le prochain CD.
Mark Robertson et Marcus Miller sur le plateau de One Shot Not
Tu as eu l’occasion de jouer avec de grands musiciens comme Marcus Miller ou Maceo Parker. Peux-tu nous parler de ces rencontres et de la façon dont tu les as vécues ?
On apprend chaque fois qu’on les voit en spectacle, et en écoutant leur musique, mais c’est très impressionnant ce que dégagent les maîtres quand on s’approche d’eux physiquement.
Y a-t-il d’autres artistes avec lesquels tu souhaiterais à tout prix collaborer ?
Oui, Mathieu Chedid, Catherine Ringer, Jamie Lidell, Gonzales, etc.
Aujourd’hui, être blanc n’est plus du tout un obstacle quand on veut chanter de la Soul. On le voit tous les jours avec le succès de Jamie Lidell, justement, mais aussi Alice Russell, Duffy, Sam Sparro et bien d’autres encore. Penses-tu que les mentalités ont évolué ou alors est-ce un simple phénomène de mode ?
Crédits photo : ViaMoi
Grâce à l’internet, surtout de nos jours, tout le monde a accès à toutes sortes de musiques, le Hip Hop est partout !!! Même les autochtones au Canada, les asiatiques, même les Français y trouvent leur voie. Et il y a toujours eu des blancs dans le Jazz, le RnB, le blues : Jack Teagarden, tromboniste de Louis Armstrong, Armstrong lui-même influencé par Bix Beiderbecke, Sly and the Family Stone, Booker T and the MG’s, Dr. John, etc.
Rappelons que ton album Favorite People est disponible en téléchargement gratuit sur ton site, seuls la pochette et son boîtier étant en vente. Pour quelle raison(s) ?
Il faut s’adapter à la situation, faut utiliser notre imagination, faut faire des bons disques sans gros $ou$. J’ai fait Favorite People dans mon studio personnel et l’ai mixé chez mon ami Kid Koala.
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