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KiD CuDi

Décollage fulgurant


Très attendu, le Man On The Moon: The End Of Day nous était présenté, en cette rentrée chargée, par Kid Cudi en visite à Paris. L’artiste fait partie de la classe des « freshmen of the year » (avec Wale, Blu ou encore B.O.B. pour ne citer qu’eux) montée en épingles par la presse musicale américaine. Éclectique et novateur dans son approche, le « son Cudi » mérite d’être écouté, quitte à froisser les plus conservateurs amateurs de hip-hop.


A peine a-t-il tracé sa petite route dans le monde du rap que Kid Cudi (déclinaison de son nom de famille Mescudi) détonne par son décalage. Il est de ces personnages qui ne laissent pas insensibles par leur aspect désinvolte et pas vraiment prévisible. Chez nous, en Europe, il est plus célèbre pour le remix de son “Day’n’Nite” avec The Crookers que pour sa version originale qui figurait parmi les titres phares de son excellente mixtape A Kid Named Cudi (sortie chez Boogie Up / Module). De même, pour les amateurs, son style vestimentaire va de pair avec l’originalité vers laquelle il tend dans son premier album, Man On The Moon: The End Of Day, situé entre pop, rock alternatif et hip-hop : à l’occasion de la conférence de presse, il arborait un pantalon slim au bout duquel battait la languette de… ses Jordan III, concept plus qu’original !

Décalé donc, mais déterminé dans ses choix : c’est ainsi que l’on doit percevoir le profil de cet artiste finalement pas plus hip-hop que pop. En vrac, il cite spontanément “The Pharcyde, A Tribe Called Quest ou NWA mais encore le new jack” parmi ses références avant de pointer du doigt un point symbolique de son ouverture d’esprit : “Aux alentours de mes 18-19 ans, je me suis mis à écouter du Red Hot Chili Peppers, du Smashing Pumpkins, c’était une période où j’avais faim de connaissances musicales diverses tout en ne laissant pas transparaître cela auprès de mes amis : ils auraient pu me prendre pour un fou, n’étant pas attirés par ce genre de musique ! Toujours est-il qu’en analysant les paroles de ces groupes pop, et je pense à Coldplay notamment, j’ai été bluffé et je me suis dit malgré ce qui peut se dire sur les blogs : « moi aussi je sais écrire et je suis sûr que je peux rivaliser sur un titre avec un Jay ou un Eminem ! ».” Rappeur ou chanteur ? Assurément, le choix n’est pas encore tranché dans ce premier album et pour cause : “
J’ai envie de dire que mes paroles sont naturellement simplistes. Je veux avant tout faire passer mon message clairement en disant des choses honnêtes à mon public. La musique est avant tout un média puissant.


Puissant, son réseau l’est tout autant. Il n’y a qu’à voir la rapidité avec laquelle il s’est retrouvé couvé par les mastodontes du hip-hop que sont Kanye West et Jay-Z. Il leur voue un respect sans faille et, en retour ils se sont fortement inspirés de ses influences pour leurs propres projets (voir 808s & Heartbreak et The Blueprint 3). Néanmoins, Kid Cudi a connu sa part de galères avant d’atteindre ce nouveau statut : “J’avais déjà en tête de réaliser quelque chose musicalement mais ma première mission a été de trouver un job : j’ai mis quatre ans… J’ai travaillé dans plusieurs magasins de vêtements tel American Apparel ou autres enseignes du genre mais tout ceci était chiant ! Ce n’est que l’été dernier que j’ai réellement pris en main ma carrière de musicien grâce au succès de Day’n’Nite.

Un album au concept cinématographique

Son premier projet, il l’a ficelé aux petits oignons. Son objectif ? “Atteindre le niveau supérieur (du hip-hop).” Les prods accompagnées par un Common narrateur (l’acteur Shia Leboeuf avait été sollicité en premier lieu) y sont vraiment l’attraction majeure. Entouré de producteurs avec lesquels on sent qu’il a noué une relation destinée au long terme (Plain Pat, Emile, RATATAT), Cudi s’est fixé comme tâche de créer son propre son. Une sorte de jeu sonore futuriste qui l’accompagne de bout en bout de l’album. Il en donne un léger aperçu : “Si j’engrange une partie du style de MGMT (groupe de pop psychédélique) ou de RATATAT (groupe de musique électronique), et que j’assemble cela avec des beats hip-hop, ça demeurera hip-hop selon moi ! C’est ça que j’ai cherché à faire grâce à ma créativité.” Et, il revendique fièrement la qualité de son écriture : “Si vous mettez les lyrics de Sky Might Fall à part, vous pouvez croire que ce n’est qu’un élégant poème. Si vous mettez Make Her Say à part et que vous prenez du recul, vous pouvez vous rendre compte de l’image poétique que j’ai donné à mes titres. A la limite, il y a un certain coté « shakespearien » !

Finalement, par Man On The Moon: The End Of Day, Cudi nous propose un premier album introspectif. Autobiographique, le projet se voit divisé en chapitres selon une formule qui nous rappelle un autre genre : “J’ai trouvé le concept au fur et à mesure de la fabrication de l’album car je déteste les chansons truffées de « skits » qu’il faut zapper. J’ai pris pour référence l’album de Michael Jackson où chaque chanson est un single en puissance. D’un autre côté, j’ai construit l’album comme l’enchaînement de scènes d’un film : il a fallu trier parmi mes chansons mais je me suis assuré qu’il y avait assez d’idées pour exprimer mes sentiments.
Potentiellement, il y avait trois versions mais j’ai essayé de faire en sorte que l’on rentre directement dans le vif du sujet car je déteste les films où l’action tarde à avoir lieu.


Et si ce jeune homme de 25 ans qui se propulse dans certains titres dans un autre monde (“My world”) était d’ores et déjà un artiste inclassable ? Ses textes traduisent une certaine fragilité dans le fond dont il se démarque par un concept plutôt mâture pour un coup d’essai. Avant de savoir quel chemin empruntera la carrière de Kid Cudi, on peut compter sur lui pour croire en lui à l’image de l’optimisme du nom de son label : “Dream on”.

Propos recueillis par Babacar Diarra.



Par Babacar Diarra
Publiée le jeudi 17 septembre 2009


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