Son talent vocal extraordinaire, son intégrité rare ainsi qu’un certain sens de la prise de risques ont fait d’Elisabeth Kontomanou l’une des rares chanteuses françaises qui comptent véritablement sur la scène jazz internationale. A l'occasion de la sortie de son album live Siren Song, Onlygroove a eu la chance de l'interroger sur la musique, celle qu’elle fait, celle qu’elle aime, celle à laquelle elle aspire par dessus tout : le jazz. Une interview sans tabou.
« Ce qui est indispensable pour chanter le jazz, c'est le blues.»
Parle-nous un peu de ton dernier album, ton live à l’Arsenal de Metz avec l’Orchestre National de Lorraine. Quel souvenir gardes-tu de cette expérience avec des musiciens classiques ?
C'était une expérience rare. J'ai compris à quel point j'aimais l'improvisation et que mon rêve d'enfant de devenir une chanteuse lyrique n'aurait jamais pu se réaliser.
Quel est l’album dont tu es la plus fière à ce jour ?
Back To My Groove et Brewin' The Blues. L'un parce qu'il regroupe toutes mes influences, l'autre du fait de son langage de jazz pur.
Justement, je trouve qu’il y avait une influence soul importante sur ton album Back To My Groove. N’as-tu jamais eu envie de faire un album complètement soul, funk ou R&B ?
Je l'ai déjà fait... J'ai fait partie d'un groupe r’n’b au début des 80’s. C'est une musique qui fait totalement partie de moi.
Quand on voit des chanteuses de soul comme Gladys Knight aux Etats-Unis ou même China Moses en France se lancer dans le jazz, peut-on en déduire qu’il est évident de passer de la soul au jazz ou vice-versa ?
Elles ne se lancent pas dans le jazz, elles viennent de là, c'est leur culture...
Il y a plusieurs familles dans le jazz vocal féminin actuel. Les storytellers à la Stacey Kent, les glamour à la Diana Krall, les expérimentales à la Patricia Barber etc. De quelles chanteuses te sens-tu la plus proche ?
C'est étrange de dire jazz "vocal" car le jazz a toujours été chanté... C'est une classification qui est faite pour vendre des disques, tous les grands qui ont inventé cette musique chantaient. Le jazz est une seule et unique famille. Je me sens proche d'Ella, de Billie, de Bessie, de Louis Armstrong car ils m'ont tout appris et ils sont storytellers, glamorous et expérimentalistes mais ils ont quelque chose de plus que vous n'avez pas cité et qui est indispensable pour chanter le jazz, c'est le BLUES. Les chanteuses que vous citez sont des chanteuses de pop. Les chanteuses qui m'ont tout appris sont Ella et Billie, ce sont les plus grandes et j'adore Nina, je la trouve extraordinaire.
« Personne n'a transcendé la musique de John Coltrane. »
Tu as vécu dans plusieurs capitales : Paris, Stockholm, New York. Dans laquelle te sens-tu la mieux ?
Stockholm et New York sont mes préférées. De plus, parmi celles que je connais, c'est la scène jazz new-yorkaise qui possède le plus grand vivier de talents.
Que penses-tu du jazz contemporain ?
Le jazz contemporain n'existe pas et personne n'a transcendé la musique de John Coltrane. Les musiciens qui essaient de faire quelque chose de nouveau ne sont pas au bout de leur peine.
Que manque-t-il au jazz pour toucher un plus large public selon toi ?
Rien, il ne manque rien au jazz. Ce fut une musique très populaire à une époque et les gens qui ont vécu ça ont eu de la chance de pouvoir allumer la radio et de l'entendre. Il faudrait que les américains réalisent que le Jazz est l'or de leur culture et qu'ils commencent à le protéger comme tel. C'est compliqué car les racines de cette musique sont directement liées a l'horrible histoire de la déportation des africains aux Etats-Unis et à celle de l'esclavage... Mais qui sait, peut-être qu'avec Barack et éventuellement Quincy Jones comme ministre de la culture, on finira par rendre à César ce qui lui appartient...
Terminons avec quelques questions rapides. Quels sont tes coups de cœur musicaux du moment ?
Tout Jackson 5 et les Jacksons.
De tous les compositeurs, qu’ils soient du Great American Songbook ou plus actuels, quel est ton préféré ?
Duke Ellington.
Et ton standard de jazz favori ?
Come Sunday.
Y a-t-il un artiste avec qui tu rêverais de collaborer ?
Ron Carter.
Enfin, en un mot, qu’apprécies-tu le plus dans le jazz ?
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