Au cours des 90’s, la New Jack se métamorphosait déjà en R&B, les ondes émises par les radios et dans les clubs répondaient alors du nom de références telles que Teddy Riley, Guy, Blackstreet, Total, Jodeci, Boyz II Men, R. Kelly, Dru Hill, Babyface, Mary J. Blige et même Puff Daddy… époque également où survinrent de nouvelles sonorités qui allaient à contre-courant de cette tendance, en brisant les codes d’un R&B qui souffrait de sa nature formatée depuis déjà plusieurs années. 2009 était l’année prévue de son grand retour, mais depuis les trop nombreuses annonces et rumeurs remises en question, de grandes interrogations se posent … L’occasion de proposer une rétrospective sur cet artiste hors-pair, en attendant le D’ Day.
Le jeune prodige de Richmond
Philadelphie arbore aujourd’hui un portrait pour le moins Nu Soul aux vues du nombre d’artistes de cette trempe qui y logent, l’animation mais aussi le dynamisme artistique qui en dégage. C’est pourtant dans une petite ville située en Virginie, à Richmond, que tout commença.
Fils et petit fils de Pasteur, il était tout à fait justifié que Michael Eugene Archer, né en 1974, adopte le nom de scène de D’Angelo.
Il était alors âgé de cinq ans quand un piano fut offert à son frère ainé. Mais celui-ci devint malgré tout le jouet préféré de Michael avec lequel il s’initia jusqu’à la maîtrise. Parallèlement, cette période coïncida avec de nombreux passages en radios de hits Funk et Soul, à savoir Earth, Wind and Fire, Prince, Marvin Gaye et Al Green, matrice subliminale d’influences émanant de ces légendes. Légendes qui ne manqueront pas de recevoir divers hommages par Michael en personne, à travers notamment des reprises bien plus tard.
En attendant, durant son adolescence, il chanta, lors de fêtes lycéennes de Richmond pour ensuite être invité à participer aux concours de l’Apollo Theater où il remporta le premier prix plusieurs fois d’affilée. Mais ce fut une démo de I.D.U, groupe dont il fit jadis partie, qui attira l’attention vers lui en 1991.
En 1994, les choses prirent un ton bien plus sérieux avec le projet Black Men United pour qui il co-écrit et co-produit avec Brian McKnight U will know, chanson issue de la bande originale du film Jason’s Lyric. Celle-ci réunissait, à l’instar de We are the world, de Michael Jackson et Lionel Richie, divers artistes R&B, dans le lot : R. Kelly, Boyz II Men, Tevin Campbell, Gerald Levert, El DeBarge… Dans le même temps, il se concentra sur son premier album Brown Sugar.
1995, Brown Sugar gets high off your love
D’ signa avec EMI en 1995 pour sortir son premier recueil Brown Sugar, du même nom que le single qui le fit connaitre. Co-produit par Ali Shaheed Muhammad du groupe A Tribe Called Quest, ce titre se plaît à être un amalgame entre une relation avec une femme et une histoire d’amour avec une drogue du nom de Brown Sugar.
Comme sur ce titre au succès incontestable, l’ensemble de l’album est produit, écrit et interprété par D’Angelo à l’instar d’une de ses idoles, Prince.
L’utilisation de la boîte à rythme étant bannie, et la dimension Live et instrumentale favorisée, une totale liberté dans le chant fut apportée par le côté laidback, le chanteur jouant avec le rythme de la musique. Oscillant entre les graves et un falsetto qui rappelle à la fois Prince, Marvin Gaye et Curtis Mayfield sur bien des morceaux, D’Angelo imposa là un style personnel bien qu’inspiré.
Côté collaborations, on note la présence du batteur ?uestlove, d’Angie Stone, sa compagne de l’époque et du multi-instrumentiste chanteur Raphael Saadiq.
Un album qui se différenciait radicalement des hits R&B de l’époque. Le succès ne fut cependant pas immédiat et l’album prit du temps à décoller dans les ventes. Le single Lady, qui atteignit le top 10 du Billboard 100, changea la donne.
Les clins d’œil à ses ainés firent déjà leurs premières apparitions dans les titres de l’album, la mélodie de One Nation Under the Groove de Funkadelic sur le titre When we get by, et Cruisin’, la reprise du standard Quiet Storm de Smokey Robinson, icône incontournable de la Motown.
Origines Hiphop et participations annexes
Les Soulquarians, fondés par J Dilla, James Poyser, D’Angelo et ?uestlove.
La période qui sépara Brown Sugar et le prochain opus Voodoo fut marquée par diverses collaborations. En 1998, il participa à l’album Miseducation de Lauryn Hill, ex Fugees, pour le down-tempo Nothing even matters.
Il est intéressant de voir qu’à l’instar de Lauryn Hill, D’Angelo est un chanteur de Soul avec un cœur HipHop. En témoignent les rythmes de Brown Sugar, Smooth, Jonz in my Bonz et même le Hit Lady remixé par DJ Premier en featuring avec le rappeur AZ. D’ recueillit autant de respect et d’admiration de ses contemporains, qu’ils soient R&B ou HipHop.
En effet, multiples furent les collaborations avec des personnalités du HipHop : Ghetto Heaven avec Common, Tell Me avec Slum Village, Break ups 2 make ups avec Method Man, Cold World avec Gza, Crew qui est un titre de ses potes du Tribe Called Quest pour qui il joua les claviers, Shinin’ Star avec The Roots (pour qui il joua aussi les claviers sur d’autres titres) sur la bande originale du film Men In Black.
Il fit de même pour les bandes originales, entre autres, de Get On the Bus de Spike Lee avec Girl you need a change of mind dont le morceau original est signé Eddie Kendricks, de Scream 2 avec la reprise de She’s always in my hair de Prince, Space Jam avec I found my smile again, et de Belly avec Devil’s Pie.
En 1996, divers artistes furent réunis autour d’un album commun, en l’occasion de l’anniversaire des 60 ans de Marvin Gaye, où D’Angelo reprend lors d’un duo avec Erykah Badu le titre Your precious love. Sa musique allait toujours dans la volonté de se rapprocher de la cour des grands.
D’ailleurs, une officieuse reconnaissance de ses ainés naquit vis-à-vis du nouveau prodige de la Soul. Un duo fut enregistré avec BB King sur le titre Ain’t nobody home, un autre titre interprété en Live avec Eric Clapton, I’ve been tryin’. Aussi, le saxophoniste David Sanborn l’invita à jouer sur scène en compagnie notamment de Marcus Miller et Clapton, lors de la soirée David Sanborn and friends. Et enfin, une intervention durant un jam pendant un concert de Prince à Paisley Park eut lieu.
Entre-temps, son ami Raphael Saadiq, fut à la tête d’un projet du nom de Lucy Pearl, auquel D’Angelo devait participer à l’origine, mais celui-ci dut décliner sa participation, étant concentré sur son album Voodoo. Le projet Lucy Pearl verra finalement le jour en 2000 sans D’Angelo.
Toute nouvelle plume passionnée est la bienvenue sur Onlygroove.
N’hésitez pas à nous soumettre votre candidature et/ou des exemples de chroniques à :
Rédaction