Après 3 ans d'absence, le groupe nantais Hocus Pocus nous revient avec un nouvel album intitulé 16 Pièces prévu pour Mars 2010 et un nouveau single "A Mi-Chemin" avec comme invité Akhénaton. Onlygroove est parti à leur rencontre par le biais de 20Syl, leader du groupe, pour une interview riche en infos et vous dévoilant un aperçu de leur nouvelle galette qui s'annonce très lourde !
Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pourriez-vous nous dire où et quand votre groupe est né ?
20Syl: On est un groupe hip hop acoustique nantais né il y a 15 ans. On a d'ailleurs enregistré notre première cassette en 1995 sur un poste à "l'ancienne" et au fil du temps, le groupe a évolué et aujourd'hui nous sommes 9 sur scène alors que nous étions 2 à la base. C'est l'arrivée des musiciens qui sont venus s'ajouter au groupe car au début, il n'y en avait pas, nous étions juste 2 Mc's et un Dj.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la musique ?
20Syl: En fait, la musique a toujours été une passion, écouter des disques, avoir envie de faire la même chose. Quand tu es jeune, tu fonctionnes toujours par kiff et en voyant des potes mixer ou en entendant des sons que j'avais envie de reproduire. Depuis tout petit, je pratiquais de la musique en faisant de la trompette, de la batterie etc. Ce qui m'a plus dans le hip hop, c'était le mélange de pleins de choses : c'était pouvoir choper une batterie d'un côté, un piano d'un autre et de pouvoir mélanger les deux afin de pouvoir créer un son. C'est vraiment cette possibilité infinie de combinaisons et d'instrumentations qui m'a plu !
Pourquoi avoir appelé votre groupe Hocus Pocus ?
by Romain Laurent
20Syl: Il faut savoir que Hocus Pocus est le terme d'une formule magique américaine qui fait référence à notre première cassette sortie en 1995 qu'on vendait dans la cour du lycée et qui était une sorte d'image entre la musique, le rap et la magie. Greem, un des membres, s'appelle comme cela car son pseudo fait référence à un grimoire, sorte de livre médiéval où Greem conserve ses sons derrière ses platines. Enfin, il y avait tout un délire comme ça où la magie et le rap s'associaient bien et c'est donc pour cela qu'on s'est nommé Hocus Pocus. Aujourd’hui, ça n'a plus beaucoup de rapport mais on a gardé ce nom juste pour la sonorité.
Quelles sont les particularités musicales qui font de votre groupe un véritable OVNI dans un monde hip hop hyper formaté ?
20Syl: Ce qui fait peut-être notre personnalité, c'est d'avoir su exploiter cette facette du hip hop qui consiste à mélanger les styles et aller chercher un beat électro, le mixer avec une voix soul et une basse funk, ce qui fait de nous Hocus Pocus. La petite touche supplémentaire est éventuellement ma manière d'écrire et d'aborder les thèmes, qui ressemble plus à la chanson traditionnelle française qu'au rap à proprement parler, qui est plus dur. On n'a pas ce côté street parce que ça n'est pas forcément notre vécu et que l'on veut rester sincères. Ce sont toutes ces petites facettes soul, jazz, funk et les instruments acoustiques qui font que nous avons un état d'esprit particulier. Aussi, c'est peut-être la manière de faire nos concerts où l'on essaie d'apporter une énergie positive car pour nous, le public est le 7ème musicien, où il doit être participatif.
D'où vous vient ce besoin d'être sur scène ?
20Syl: Au début, on a commencé, nous étions deux et ça n'allait pas au niveau des concerts. Je préférais rester dans mon studio à faire des sons plutôt que de faire des lives. Nous n'arrivions pas à occuper l'espace, on n'était pas à l'aise, on arrivait pas à avoir le son qui nous plaisait, on changeait les instrus de tous les moreaux à chaque concert... C'est à partir du moment où on a commencé à travailler avec des musiciens que l'on s'est rendu compte qu'il y avait un vrai truc qui prenait sur scène et depuis on n’a jamais lâché le truc.
Où vous situez-vous dans le rap français ?
20Syl: C'est difficile de se situer dans le rap français car, pour moi, il y autant de rap français que de rappeurs (rires). C'est-à-dire que d'un côté, tu as des sons électroniques et de l'autre, tu as des sons super organiques ou encore d'autres personnes qui mixeront cela avec des sons un peu rock etc. Il y a le côté rap hyper formaté. On fait simplement notre truc sans regarder ce qui se passe à côté à part pour s'en inspirer, puiser ce qui nous intéresse. On fait juste de la musique qui nous ressemble le plus possible.
by Romain Laurent
Quelles sont vos influences musicales d'autrefois et d'aujourd'hui ?
20Syl: C'est assez drôle parce que nous avons commencé à écouter du rap et c'est ensuite que nous sommes venus vers la soul puis le funk, contrairement aux pionniers du rap qui sont venus de la funk et du disco afin de faire du rap avec des breakbeats funk qu'ils passaient en soirée. C'est en écoutant De La Soul qu'on a découvert Parliament, c'est en écoutant EPMD qu'on a découvert The Meters. Pour les références anciennes qui sont souvent samplées, ce sera du Donny Hathaway, James Brown, tous les grands classiques... Pour aujourd'hui, ce seront les artistes créatifs tels que The Roots, Common etc. Il y a également cette facette chanson française que j'avais abordée tout à l'heure comme Matthieu Chedid, Arthur H.
Pourquoi avoir intitulé votre nouvel album 16 Pièces ?
20Syl: Parce qu'il y a 16 morceaux mais derrière le mot « pièces », il y a l'idée de pièces de puzzle. Donc chaque morceau fonctionne individuellement mais ils peuvent s'imbriquer ensemble vers une forme totale et cohérente. C'était cette idée de créer des morceaux pour le kiff et pas forcément avoir un fil conducteur ou un thème principal.
On a pu entendre votre premier single "A Mi-Chemin" avec Akhénaton d'IAM. Voulez-vous donc toucher un public plus large et rentrer sous le feu des projecteurs médiatiques ?
20Syl: J'ai vraiment pas fait ce morceau dans cette optique-là. Je n'avais vraiment pas une idée commerciale derrière. C'est juste que je suis un vrai fan d'Akhénaton et d'IAM, je rêvais tout simplement de faire un morceau avec lui. De plus, ce morceau "A Mi-Chemin" collait parfaitement à sa personnalité car étant d'origine italienne, ayant de la famille aux USA et de confession musulmane. Il avait donc une culture riche dans le sens où il se nourrit de pleins de choses. Aujourd'hui, nous avons notre public, des salles qui se remplissent de plus en plus donc ce n'est pas notre but premier de chercher un nouveau public. C'est simplement confirmer tout le travail qu'on a fait auparavant et de faire plaisir aux gens qui nous connaissent déjà.
Outre Akhénaton, y aura-t-il d'autres invités surprises ?
20Syl: Il y aura Oxmo Puccino, Alice Russell, une chanteuse soul anglaise, il y a encore les Procussions qui sont présents dans ce nouvel album. Il y a une chanteuse nantaise qui s'appelle Elodie Rama. Déjà présente sur l'album Place 54, on aura un gars qui se nomme Gwenn, sur le morceau "Marque", nantais également et très talentueux, qui est un mix entre Gainsbourg et Gangstarr, dont l'album sortira bientôt sur notre label On & On.
Quelle a été la nouveauté de signer chez Universal/Motown France ?
by Romain Laurent
20Syl: En fait, on s'est rendu compte que quand nous avons sorti l'album 73 Touches en 2005, nous avions pas mal galéré en terme de promo, de contacter les personnes qu'il fallait, de passer dans les grosses radios et à la télévision. C'est justement tout cela que nous a apporté Universal Motown. En terme de carnet d'adresses et force de distribution, c'est Universal qui nous a ramené tout cela. C'est grâce à cela que nous avons fait Taratata et que nous sommes passés aux Victoires de la Musique. Mais dans le fond, notre musique n'a pas changé.
Vous avez toujours opté pour l'ironie dans vos textes et on voulait savoir si dans ce nouvel album, on pouvait s'attendre à des chansons plus revendicatives ?
20Syl: Peut-être pas revendicatif au sens direct car moi je n'arrive pas à écrire de cette manière. Par contre, il y a un peu plus de cynisme, c'est-à-dire une sorte d'ironie un peu plus affûtée voire de l'humour noir parfois, que dans les albums précédents. Il y a un morceau assez conscient qui s'appelle "100 grammes de peur" et qui évoque comment les médias et les politiques utilisent les peurs pour vendre leur "produits", que ce soit pour avoir des votes ou un "yaourt". Ces phénomènes de peur, on les a vus partout avec la grippe A, les futures élections régionales ou encore le débat sur l'identité nationale et le problème de la burqa. Alors qu'aujourd'hui les gens ont des problèmes beaucoup plus importants que cela. On va évoquer tout cela de manière poétique.
Tu avais évoqué un artiste originaire de Nantes, vous qui êtes originaires de là-bas. Que nous conseilleriez-vous d'écouter comme artistes issus de la Loire Atlantique ?
20Syl: (Rires) Le mois de Mars ce sera Nantes en force ! Il y aura l'album de Smooth qui sort ainsi que celui de Tribeqa et on verra peut-être se profiler l'album de Gwenn, en tout cas c'est sûr qu'il fera de la scène, même si son album ne sort pas tout de suite dans les bacs. Egalement il y aura Fisto accompagné d'un crew de producteurs nommé les Drum Brothers, Dajla qui a sorti son album et Elodie Rama qui va sortir son maxi. La grosse vague nantaise va débarquer sur la France.
Aurais-tu un petit message envers ceux qui vous suivent depuis le début ?
20Syl: J'espère que vous allez apprécier l'album car on y a mis tout notre cœur et beaucoup de temps. Nous avons essayé de faire un album le plus abouti possible. Laissez-nous des messages sur le site et continuez à nous soutenir et venez nous voir en live, que l'on partage des bons moments ensemble !
Toute nouvelle plume passionnée est la bienvenue sur Onlygroove.
N’hésitez pas à nous soumettre votre candidature et/ou des exemples de chroniques à :
Rédaction