« Ensemble agissons pour Haïti, un petit geste, un rien peut tout changer… »
Si cet appel à la solidarité a traversé l’Atlantique jusqu’à mes oreilles, j’imagine que personne en France n’a pu passer à côté de ce titre dédié au peuple haïtien. Réalisé à l’initiative de Trace TV, Un geste pour Haïti chérie a réuni une vingtaine d’artistes français en grande majorité issus de la scène hip-hop. Alors que la dream team de Jamie Foxx vient à peine de finaliser la nouvelle version de We Are The World plus d’un mois après le drame, la réactivité des rappeurs de l’hexagone est sans précédent.
De Passi à Zazie en passant par Youssoupha et Pit Bacardi, rappeurs et chanteurs se sont rassemblés en un temps record pour venir en aide aux victimes du tremblement de terre qui a ravagé Haïti. Michel Drucker, Harry Roselmack, Sonia Rolland et d’autres personnalités influentes ont aussi répondu présents à l’appel des Neg’Marrons, aux manettes de la chanson. Qu’elle plaise ou non, ce n’est pas tellement la question. Il fallait la faire, et vite. Le hip-hop français a ainsi fait preuve d’une unité surprenante et agi en tant que communauté, à la fois soudée et ouverte. Trace TV, chaîne urbaine qui se revendique multi-ethnique, a devancé les médias généralistes et a permis au rap de s’inscrire dans une démarche citoyenne en mettant sa créativité au service d’une cause noble. Une occasion unique pour le hip-hop français de montrer ce qu’il peut amener à la société et de faire l’actualité pour une autre raison que des polémiques. Dans un pays où cette musique est réduite par certains à des stéréotypes d’un autre siècle, et où elle n’est souvent présente dans les médias que pour les dérives qu’on lui attribue, cet évènement représente beaucoup. Enfin, le hip-hop apparaît en tant que mouvement artistique et s’assume comme tel ! Des légendes de la chanson française comme Charles Aznavour, qui avait déjà collaboré avec Kery James sur le magnifique morceau A L’Ombre du Show Business, tendent la main aux rappeurs, « héritiers des poètes ».
We Are The World version 2.0
Si le rap peine autant à se démocratiser dans l’hexagone, c’est en partie parce qu’il vient se heurter à l’idéal républicain. La médiatisation du hip-hop soulève des questions qui font encore débat en France, comme celle de la représentation des minorités visibles. Outre-Atlantique, le rap fait partie intégrante de la culture populaire, car il est le produit d’une communauté reconnue par l’Etat en tant que telle. Est-ce pour autant le meilleur exemple à suivre ? Un geste pour Haïti chérie montre que le rap est loin d’être incompatible avec les valeurs universelles de la République, il se fait porte-parole de sa diversité. La route est encore longue, mais la musique urbaine francophone semble se débarrasser petit à petit de l’étiquette de sous-culture qu’on lui avait injustement attribuée.
La notoriété du hip-hop américain n’en reste pas moins enviable, même si elle est souvent contradictoire. Cette année, Jay-Z était la star du générique d’ouverture du Super Bowl, qui détient à ce jour le record d’audience aux Etats-Unis. Pendant ce temps-là, les chaînes de télévision françaises boudent encore les rappeurs en prime time par peur de perturber le téléspectateur moyen. Nos rappeurs dérangent, mais ce n’est pas plus mal. Ils ne se contentent pas de divertir, contrairement à leurs grands frères américains qui ont tendance à oublier que Having Fun ne vient pas avant les mots Peace, Love et Unity dans la devise du hip-hop. Les artistes français continuent d’agiter la société en pointant du doigt ses injustices, et c’est tant mieux. Le défi pour le vieux continent sera donc d’accorder plus de visibilité à cette culture sans pour autant aseptiser le message qu’elle délivre.
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