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Biographie de Hindi Zahra


Sitôt qu’elle pose ses lèvres sur le micro, l’oreille se tend tout doucement, irrésistiblement. Un rien de nonchalance dans les reins, un zeste de swing ajusté dans le chant, un léger voile dans la voix, Hindi Zahra décline ses mélodies originales, de douces ondulations de fréquences. Les guitares l’accompagnent sans forcer sur les traits, d’un accent manouche entre les lignes, d’une virgule tout de blues majuscule. A chaque instant, le temps se suspend. A tout moment, elle fait rimer intensité et intimité, des vibrations poétiques, taillées dans le velours d’un timbre félin.

A trente ans, Hindi Zahra n’est ni une star académique, ni une étoile filante du jazz vocal. Chez elle, la musique, c’est une histoire de famille, le roman de sa vie. Celle d’une Berbère née au Maroc. Un père militaire et une mère au foyer, comédienne à ses heures et chanteuse reconnue au village, et puis des oncles musiciens, branchés par la scène post-psychédélique du Maroc d’alors. Elle grandit ainsi, à l’écoute des divas du raï et du châabi, façon Rimitti, et divas égyptiennes, genre Oum Khalsoum, entre musique traditionnelle berbère et rock’n’roll du bled, mais aussi non loin du blues malien du grand Ali Farka Touré et de la folk sensuelle d’Ismaël Lo. Avant de traverser la Méditerranée pour rejoindre son père à Paris.

Elle quitte l'école et dégote son premier boulot à 18 ans au Louvre. « J’ai rencontré l’art. J’étais une enfant contemplative avec la nature. Les tableaux me procuraient la même sensation. » Les peintres flamands l’apaisent, tout comme la musique depuis toujours. « Le son a toujours nourri mon imaginaire. » La vie rêvée de cet ange va bientôt devenir réalité. Elle continue à travailler dans le secret de ses nuits des textes mélancoliques et compose ses mélodies tout au long de ces années. « Pour la musique, je peux travailler très dur et très longtemps. »

Avant de passer devant le micro, celle qui apprécie « le groove afro-américain », Aretha Franklin, James Brown, 2Pac, et autre Tribe Called Quest en particulier, a appris le métier derrière les autres en choriste soul teintée de hip hop. « Les machines et les boucles m’ont vite lassée, mais ça m’a permis de savoir ce que je voulais. »
Se composer un univers qui ressemble à sa personnalité, dont cette autodidacte trace à partir de 2005 les contours en griffonnant une cinquantaine de titres en un an. Elle en extrait deux perles. Tout d’abord, “Oursoul”, un titre au doux parfum d’ambiguïté, que l’on peut traduire par « Notre esprit » en anglais, qui en fait signifie dans cette chanson « le passé révolu » en berbère… Sur une bande-son aux allures d’americana folk, Hindi Zahra y évoque les rêves déchue d'une fille promise au mariage.

Et puis, ensuite, “Beautiful Tango”, une ballade aux accents d’éternel nostalgique, un hymne à l’amour, comme une pensée triste à faire chavirer les cœurs et âmes sensibles. « J’étais sûre de cette petite musique et soulagé que cette mélodie arrive enfin avec son écrin de mots naturellement.», confie-t-elle. « Beautiful Tango » est salué par “The Wire”, le mensuel de référence des musiques exigeantes outre-Manche décelant en elle la digne héritière de Billie Holiday. « Le jazz, c’est le seul endroit où j’ai pu reconnaître des notes de chez moi. Le jazz, c’est la liberté de créer. C’est une grande école. » Mieux Fink, esthète folk de l’écurie électrochoc Ninjatune, l'encourage à affiner sans pression pendant deux ans cette collection de chansons qui affichent sa différence de style. Des écrins un brin bucoliques, teintés du blues de la nuit, quand les idées lui trottent dans les doigts et la voix.

Une quarantaine de minutes, une bonne dizaine de titres, juste comme il faut, sans trop en faire, ce premier album qu'elle produit, réalise et arrange de bout en bout a la patine de la maturité : ambiance lady sophistiquée, tendance épurée. « J’écris un texte ; je vais jouer un riff, j’enregistre les guitares et éléments rythmiques. Et après je pose et j’ajuste les mots. » Du style au piano et des idées au stylo, Hindi Zahra y creuse un sillon original, une bande-son finement agencée, entre ballades soul-folk-jazz où affleurent ses origines sud marocaine, à la frontière de la culture noir. Là d’un trait de bendir, ici d’une ligne de basse ganoua, plus loin d’un texte en berbère comme sur “Imik Simik”, « Petit à petit ». Ce titre lui colle à la peau. Petit à petit, cette touche-à-tous les instruments s’est construite, sans faire de bruit, à l’ombre de l’éphémère gloire, plus près de l’authenticité. Celle dont parle ses textes, des histoires « d’amour, toujours » mais aussi la vie des gens, « tout simplement ».


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